Si un an et un jour.

Ce soir, je suis rentré du boulot à pied. Ça m’a fait prendre l’air et traverser un peu la ville. Bon certes, j’ai mis 12 plombes mais c’était vraiment sympa. J’aime Bruxelles et les pavés, les petites rues, les troquets improbables des coins de boulevards – j’aime aussi cette demi lumière de 18h, juste avant que la nuit tombe vraiment, quand il reste un brin de soleil et qu’on se dirait presque dans une chanson d’Arno.

Et puis je suis allé faire un tour sur la Grand Place, l’endroit où j’aime bien me poser en sortant du boulot parce que tu peux marcher à ton rythme, la tête en l’air et laisser le temps passer. Je sais pas, il se dégage de cet endroit une espèce de sérénité que l’on sait apprécier.

Et j’ai réalisé qu’on était le 15 mars. Je me suis immédiatement rappelé d’où j’étais et de ce que je faisais, il y a un an et un jour. Pile. On était le 14 mars 2009 et Bashung était parti pour de bon. Et puis j’ai relevé la tête, j’ai regardé autour de moi. J’étais à Bruxelles, un an après, dans une vie que j’aurais jamais soupçonné vivre à l’époque.

Je me dore – Alain Bashung by heq

Pousse le volume, ça s’écoute fort.

Je suis devenu quelqu’un dont j’aurais même pas envisagé l’existence il y a un an. J’ai ouvert ce blog pour faire comme tout le monde quand on part vivre ailleurs, le temps de me rendre compte que j’aurais du l’ouvrir bien plus tôt, le temps de me rendre compte que les choses sont beaucoup plus simples quand on les écrit, le temps de partager deux ou trois morceaux avec toi, le temps de me perdre en digressions futiles, aussi. J’ai rencontré des gens qui ont changé ma vie, j’ai vécu des choses dingues, réalisé des micro-rêves, eu de putains de coups de blues. J’ai vécu à 1000 à l’heure pendant 6 mois, j’ai appris à faire des compromis, à ne plus en faire – j’ai appris à dire merde, à m’y faire. J’ai appris à mettre en pause. Je pense que je sais presque comment on fait pour profiter de l’instant. Maintenant. J’ai une copine qui se plait à dire qu’il faut laisser faire les vibrations. Je pense qu’elle a raison.

Bref, malgré tout cela, il y a une chose qui n’a pas changé. C’est le truc qui me prend à la gorge quand j’entends la voix de Bashung, un peu comme un éternel running-gag, une récurrence, une constante dans le changement. C’est à chaque fois le même noeud dans l’estomac, quand les écouteurs dans les oreilles, je me fais surprendre à deux heures du mat’ par La Nuit Je Mens ou Je me dore… ou quand je suis dans la rue et que la batterie de Fantaisie Militaire me fait accélérer le pas, ou quand j’écoute Sommes Nous et que j’enverrais bien chier la Terre entière, ou quand j’écoute Il voyage en solitaire comme à chaque fois que je m’en vais. Merci Monsieur pour l’héritage, on fait attention.

On en fait des choses en un an, hein?

Si un an et un jour après, personne n’est venu réclamer, il faudra arrêter de chercher…

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27 réponses à “Si un an et un jour.

  1. Ma toute première chanson de ce matin, lorsque je suis montée sur le vélo, c’était Bashung qui chantait le Tango Funèbre de Brel. 5 minutes de frissons.

    Je savais pas qu’on était aujourd’hui.

    Je t’embrasse.

    • On était aujourd’hui, oui. J’avais presque oublié, puis en rentrant de Maastricht hier dans le train, après avoir fini Goffette, je me suis dit… Tiens.

      Le temps passe vite.

  2. Je te lis régulièrement,
    Je ne commente pas toujours,
    J’ai la fièvre et ça me donne envie de te (re-)dire que j’aime ton monde, ta sensibilité,
    Je suis bien contente qu’un an et un jour après, tu sois encore là.

  3. Je ne suis pas fétichiste des dates mais bizarrement, j’y ai pensé ces derniers-jours. Je me suis fait surprendre par un frisson sur sa voix quand il chante : «mes bras connaissent une étoile sur le point de s’éteindre».
    Quel con d’être mort, putaiiiiiiin !
    🙂

  4. Merci.
    Bashung est pour moi le symbole du passage a ma vie dadulte. La conscience de s’ouvrir a autre chose de plus profond.
    ( j’espère tu connais la reprise de « Bruxelles  » de bashung ? )

    • Exactement.

      Pour moi, c’est la découverte de la profondeur – de la texture des textes à proprement parler.
      Avec Bashung, j’ai appris que les mots ont vraiment le sens qu’on leur donne.

      Pour ce qui est de cette reprise, je suis tout juste en train de l’écouter… et lacrymalement, c’est tendu.

      C’est pour ceux qui veulent.

  5. Euh… Je me suis offert l’intégrale ! J’avais les mp3 mais l’objet est tellement bien fait que bon !
    3 cd de raretés et d’inédits (sur 27 cd !!!).
    Donc oui, je connais cette reprise, bien sûr !
    :-)))

    • Moi je me suis fait offrir l’intégrale par Jean Fauque. C’est tellement plus classe.
      Pardon Henri, hein, j’ai pas résisté, encore.

      • Maintenant Diego, tu es obligé de présenter Jean Fauque à Henri. Il faut profiter de la présence des grands artistes tant qu’ils sont près de nous…

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  7. L’année 2009 fut pour moi une merveilleuse année musicale dans ce sens où j’ai vu Leonard Cohen pour la troisième fois et Alain Bashung pour la seconde et malheureusement dernière… Le 14 mars étant synonyme avant tout de l’anniversaire d’une de mes meilleurs amies, je n’ai ressenti aucune tristesse mais un léger pincement de coeur tout de même, et une foule de souvenirs de ce magnifique concert qu’il nous a offert à l’Ab 😉
    Y a de quoi lire hein, chez toi, je vais m’y atteler, vu la passion immodérée que j’ai pour les meurtriers en tout genre 😀

    • Je l’aurais jamais vu en concert… c’est franchement un truc qui me reste en travers de la gorge, parce que quand j’écoute les live – c’est juste époustouflant.

      Sinon l’Ab, je vais certainement y aller mi-mai pour le concert de Sia 🙂

  8. Merci pour le lien Henri.

    « Il vaut mieux être un chercheur qui trouve qu’un chercheur qui cherche… » C’est de Duchmoll le philosophe.

    • C’est le père d’un pote qui disait toujours : « Je donnerai pas aux chercheurs, non, pas tant qu’il ont pas trouvé ».

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