L’Everest ou ailleurs.

Bon, aujourd’hui, je vais te parler de quelqu’un que je connais depuis deux jours. Deux jours pendant lesquels j’ai néanmoins pas mal potassé mon sujet. J’y peux rien, c’est de la faute de Vieux Félin, elle avait qu’à pas m’en parler, hein.

Sufjan Stevens. Non, ce n’est pas un pseudo. 35 ans, il est américain, originaire de Detroit dans le Michigan. Après une enfance plutôt hyper folklorique – il a grandi avec ses parents, dans une communauté spirituelle un peu barrée -, Stevens étudie les Beaux-Arts à New York pour monter ensuite un label avec son beau-père appelé « Asthmatic Kitty Records » qui produit son premier album solo (A Sun Came) en 2000. À l’époque, il fait surtout dans l’électro.

En 2003, dans un interview qu’il donne pour un magazine musical, il évoque vaguement la possibilité de faire un album pour chacun des 50 états des États-Unis. À l’époque, il est pris très au sérieux. Et puis sort son premier album intitulé Michigan. L’album cartonne et tout le monde attend la suite avec impatience.

En 2006, après avoir sorti un album de folk chrétienne (séquelles de l’enfance, je pense), il édite son deuxième album dédié cette fois-ci à l’Illinois. Cet album est particulier pour lui car c’est celui qui est le mieux accueilli par le public et la critique. Il consacre des titres à des hommes comme Carl Sandburg ou John Wayne Gacy Jr, qui sont respectivement poète et tueur en série (forcément, j’aime bien l’idée moi).

En plus, le clip est superbe. Que demande le peuple ?

L’univers de Stevens est indiscutablement folk. Néanmoins, on lui reconnaît souvent le mérite de traiter la voix, les textes et les orchestrations à part égale, contrairement à ce que veut cette espèce de tendance dans la folk contemporaine, qui privilégie la sobriété des arrangements et le minimalisme torturé. Cela s’explique du fait de sa formation classique et multi-instrumentale. Il joue du banjo, de la guitare et de la batterie principalement. Pour le coup, ce que j’ai aimé chez Stevens, c’est cette fausse naïveté, cette authenticité dans les arrangements, un truc qui va directement à l’essentiel tout en étant extrêmement travaillé. Une espèce de pied-de-nez à la prise de tête souvent inhérente à la folk de ces derniers temps. On écoute Stevens et on pense indubitablement à des gens comme Ray Lamontagne, Andrew Bird avec peut-être un peu de Peter von Poehl, je sais pas pourquoi. C’est l’impression que j’en ai.

Bref, c’est extrêmement plaisant à l’écoute d’autant plus que l’ambiance qui se dégage n’est pas qu’à la mélancolie et à la nostalgie, on retrouve souvent cette espèce de folie douce qui fait du bien à son genre, et à ce qui va avec.

Sinon, ce soir, j’ai une pensée pour une une grande dame. Une grande dame que je lisais depuis maintenant presque  8 mois. Elle était journaliste, a notamment travaillé à Libé pendant un bout de temps, avant de nous raconter ses deux « crabes » sur son blog. Marie-Dominique Arrighi – MDA – nous a raconté son quotidien de malade du cancer, sa bataille pour la vie ou ses envies de mourir, « son » hôpital, ses chimios, ses médecins, ses infirmiers, ses chats, ses chutes. Il est beaucoup trop difficile de parler d’elle en 5 lignes tout comme il est trop difficile de décrire l’ampleur et l’efficacité de son style avec précision. MDA étaient de ces gens qui vous bouleversent en deux mots. MDA était de ces gens que l’on accompagne, avec qui l’on partage bien plus que des émotions convenues sur pixels.

Angora (live) – Alain Bashung by heq

MDA est décédée ce vendredi à l’Hôpital des Diaconesses, des suites de son second cancer – K2 comme elle l’avait surnommé, comme son Everest à elle.

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17 réponses à “L’Everest ou ailleurs.

  1. J’ai eu les larmes aux yeux en apprenant le décès d’MDA, tellement l’impression de la connaître sans l’avoir jamais rencontré.

    • Un coup de massue vendredi… on s’y attendait malheureusement, mais l’annonce est toujours difficile.

      Elle partageait tellement, elle va manquer.

  2. Comme je te comprend Henry ! Je ne connaissais pas cette dame, mais il y a quelques mois, j’ai vécu la même chose avec le décés de Kris, animatrice/productrice sur F-Inter.
    C’était un dimanche soir, je crois, je venais de me mettre à table, et l’annonce de sa mort pendant le flash de 20h à ouvert le barrage, et je me suis trouvé comme un con, à pleurer à chaudes larmes devant mon assiette.
    Pourtant, on savait que ça allait arriver, elle donnait parfois des nouvelles par téléphone pendant son émission, mais depuis quelques semaines, plus rien…
    Il est des gens comme ça, qu’on ne connait pas, mais pour lesquels on a un attachement viscérale.

    Bon vent les filles !

  3. Bonjour Henri,

    C’est agréable de commencer son Dimanche en élargissant ses champs musicaux. Merci à toi.
    Comme je te l’ai dit sur FB. Je ne connaissais pas Marie Do. Enfin, la Marie Do journaliste à Libé, bloguant son Crabe. Je connaissais Marie Do du Cafè où nous avions nos habitudes. C’est là que j’ai appris sa mort hier matin. C’est là que j’ai vu sa photo dans Libè, c’est là que j’ai commençé à lire cet article. Nous avions des conversations de Bistro. Elle me parlait de ses chats en caressant mon chien, jamais de son Crabe. On parlait politique et j’aimais bien ce coté bourru, ce coté « j’emmerde le monde ». Depuis hier, je lis son blog. Je suis bouleversé et c’est bien ainsi. Un ultime pied de nez à l’injustice, à la mort. Je connais Marie Do bien mieux aujourd’hui.

    • T’as eu de la chance de la croiser dans tous les cas, j’aimais beaucoup ce côté « j’emmerde le monde » comme tu dis, c’était sa façon à elle de faire son chemin. Je me souviendrai longtemps de côté brut dans le propos et de cette franchise.

  4. Tu as lu les commentaires sur son blog? Bouleversants. Et dans le lot, ça

    « Ne pleurez plus de l’avoir perdue, réjouissez-vous de l’avoir connue »

    Voilà.

  5. Je ne connaissais pas MDA, toute cette histoire craint, évidemment. Sinon, pour accompagner l’hommage je suggèrerai le genre de musique qui te donne envie de te rouler en boule sous ta couette et te balancer d’avant en arrière avec une régularité de métronome ambiance trauma grave: Anthony and The Johnsons, Hope There’s Someone

    • Faudrait que j’ai la curiosité d’aller le réécouter lui, même si ça a tendance à me gonfler de plus en plus… Je me souviens qu’il y avait des belles choses quand même.

  6. J’avais appris l’existence de MDA lors de sa participation à une émission de ASI consacrée aux blogs évoquant la maladie.

    Deux mots me viennent spontanément à son sujet : humour et dignité.

    J’aimerais avoir sa classe si je suis un jour touché par ce mal.

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