Pas trop vite le matin, […]

Bon.

D’abord, faut que je te remette dans le contexte. À Bruxelles, on parle deux langues: le flamand et le français. Je te fais pas de dessin (parce que je dessine très mal), mais bon, ça cohabite moyen tu vois. On peut pas dire qu’ils se kiffent trop entre eux, les Wallons et les Flamands. Je cherche pas trop à comprendre, parce que c’est compliqué et concrètement, les histoires de gens qui peuvent pas se piffrer entre eux à cause du partage d’un territoire ou d’un conflit de langage, ça m’énerve.

Globalement.

Prendre parti, ça m’intéresse pas, ça me gonfle plus qu’autre chose dans ce genre de situations. Sauf quand évidemment je me fais insulter par une boulangère parce que je lui ai demandé une baguette en français et pas en flamand – vu la façon dont elle répond, t’as à peu près l’impression d’avoir tué quelqu’un, en fait. Oui parce que quand même, faut que je te dise, selon le quartier de Bruxelles dans lequel tu es, y’a une langue plus ou moins officielle tu vois. Donc si t’es au mauvais endroit et que tu demandes ta baguette en français – ou inversement – y’a moyen qu’on te regarde pas trop bien quoi. Mais on t’explique rarement, on te chie dessus, ça va plus vite.

Euh… tu sais ce que j’en pense moi…?

Au début de mon séjour, à la caisse de chez Carrouf’:

Moi: [sympa et souriant] Je vous dois douze euros quatre-vingts dix, non?

La Caissière: [blizzard gelé + froid arctique] Vous êtes z’en Belgique Monsieur. Cela fera douze et nonante euros.

Ok. Ça commence bien.

J’ai bien senti le goût de la transgression là, tu vois. Puisque les 5 personnes qui étaient derrière moi dans la queue se sont offusquées en domino-effect (la première a dit à la deuxième ce que j’avais osé dire… etc). Je te raconte pas la tronche des gens.

Reviendons à l’essentiel. Oui. Puisqu’aujourd’hui, tu vas avoir la chance d’avoir deux billets. Un qui se lit le matin, et un qui se lit le soir. Je t’explique. Je vais te parler d’une chanteuse, flamande donc, qui excelle aussi bien dans la folie et la joyeuseté que dans la poésie et la finesse. Elle est blonde, elle joue de l’accordéon (MAIS PAS QUE), elle est bien sûr complètement barrée. Elle colle parfaitement à ce billet puisqu’elle a choisi l’anglais, comme une espèce de pied-de-nez à tout cette prise de tête linguistico-géographique. Cette fille, c’est vraiment un de mes musicaments. J’aime chez elle l’habile amalgame de folie douce et de poésie, je pense que c’est d’ailleurs comme ça qu’elle aime qu’on lise sa musique.

Donc le billet qui se lit le matin, c’est une claque au réveil, une sorte d’ultime coup de pied au cul pour aller au bout de son vendredi sans trop se poser de questions. Je me dis que ça peut t’être utile si, comme moi, il te faut un treuil pour sortir du lit chaque matin. C’est aussi une bonne occasion de rentrer dans l’univers de cette chanteuse géniale qu’est An Pierlé, avec une reprise maintenant très connue de cette chanson de Dutronc:

Ce soir, je te montrerai une autre facette de son chez elle – avec ce qu’elle a l’habitude de faire, à mi-chemin entre jazz langoureux et culotté, et trip-hop vocal comme j’aime – sur les traces d’une Maria Q chantant sur les meilleurs titres d’Archive.

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18 réponses à “Pas trop vite le matin, […]

  1. Belgie, terre des Hommes.
    Je ris, parce que je m’étonnais que tu aies tenu tout ce temps sans te heurter à la légendaire xénophobie belge (française ou wallone, what—ever).
    J’écoute ce soir.

  2. Dans mon souvenir, à Bruxelles il y a aussi une langue locale, le Brusselois, qui a donné le syldave dans les livres d’Hergé

  3. Bon alors aparté: le brusseleer…. pas le brusselois 🙂 c’est un patois, comme il existe des dizaines de patois différents en wallon. Le wallon de liège ne sonne pas comme le wallon de Namur for exemple…

    Ensuite… Comment te dire…
    Je suis mi flamande mi wallonne.
    En gros j’ai un côté qui me dit: « vas y bosse feignasse », et un autre qui me sussurre » glande, laisse les flamoutches travailler », d’où mon dilemme permanent 🙂
    Et oui, les septante et nonante ca vous revient bien tiens ! Moi qd je demande un « pain français » (=une baguette) en France, on me regarde de travers …

  4. Une pote Belge de Paris m’expliquait, pour les flamands, que la vexation vient des wallons qui ne connaissent pas le flamand (alors que l’inverse est bien plus fréquent), mais pas des français. Que ta boulangère aurait été plus tolérante si tu avais eu un pin’s tricolore bleu blanc rouge.
    C’en est au point que, rencontrant des flamands à Paris, cette fille peut parler anglais avec eux sans problème du moment qu’ils la croient française. Mais quand elle dit qu’elle est belge, ils se vexent (pour de vrai) et ne lui parlent plus…

    • Mais ça m’étonne pas du tout. Même moi, il y a des endroits où j’achète mes clopes ou fait mes courses en anglais, parce que bon, y’a un stade ou ça commence à crisper un peu.

  5. C’est la première fois que j’entends cette reprise.
    Pour moi, c’est cette chanson qui est la perfection. L’accordéon qui remplace la flûte ça surprend mais ça colle bien avec la parisianitude de l’ensemble. Elle est futée la ptite. Et a l’air bien barrée effectivement.
    Dommage qu’elle répète trois fois sommeil à la fin. bon on va pas chipoter une fois !

    • J’espère bien que je me trompe 🙂
      Même si il y paraît, le ton ne se veut pas généralisant. J’ai des amis belges géniaux (Malice, Pauline…) et le but n’est pas d’attiser un conflit ou une polémique qui serait déplacée. Ce post était juste le résumé d’un ressenti, un peu comme un coup de gueule (donc volontairement accentué). Je comprends tout à fait que ce post puisse être perçu comme déplacé, mais c’est franchement pas le but.

      • Il n’est pas déplacé, c’est ton ressenti et tu as parfaitement le droit de l’exprimer bien entendu. Je dirais juste que tu te trompes 🙂

  6. oups, mal cliqué… Je continue… Et que la rétorque de la madame est ) mon avis surtout une lassitude profonde des français au petit esprit qui ne savent pas s’adapter quand ils quittent leur si magnifique pays… Pour le reste, tu te trompes énormément, c’est beaucoup plus compliqué que cela et surtout sur Bruxelles où ces rivalités flamando-wallonnes ne sont qu’une toute toute petite partie de l’iceberg… D’ailleurs, maintenant à Bruxelles, 95 (nonante cinq hein donc :D) pour cent sont des franchophones (et non wallons ou français, rien à voir), 4% néerlandophones et le dernier pourcent est la multitude de langues que l’on entend dans les différentes cafés.
    Et j’ose espérer que le premier qui a commenté ton poste l’a fait sous le coup de l’humour car la Belgique est loin d’être ce qu’il résume aussi basiquement…
    Vaut mieux rien dire dans ce cas je pense 😀
    Nb : je suis fan d’An Pierlé, je l’ai vue moultes fois ces 10 dernières années, elle a un ballon en guise de tabouret quand elle joue au piano, je suppose que ça, tu le sais déjà 😉

    • Je pense pas avoir ce genre de petit esprit dont tu parles néanmoins, pour avoir pas mal voyagé – je pense pas non plus être ce genre de personne étroite et inadaptée/able. Bien au contraire.
      Et tu as bien raison, tout cela a effectivement l’air d’être bien compliqué. Je réagissais juste par rapport à une engueulade que j’avais eu avec une boulangère, à chaud, sans vraiment faire gaffe au contexte.

      D’ailleurs, si tu veux nous faire un post dans lequel tu nous expliques un peu ce qui se passe, je me ferai une joie de le publier ici !

      🙂

      • Pfiou, y a du boulot ! Et je t’avoue ne pas tout comprendre non plus 😀
        J’espère juste qu’au delà de ces querelles mesquines (mais si normales pour deux peuples d’un même pays et pourtant tellement différents), tu sauras aussi capter l’humour auto-dérisoire, le sens de l’accueil et le côté bon vivant qui caractérise la Belgique au delà de ses frontières 😉

  7. Bof, des cons, y’en a partout…La règle à Bruxelles est de rester poli-e et souriant-e en toutes circonstances (je ne me hasarderais pas à parler anglais, étant donnés les sentiments ambivalents – et parfaitement compréhensibles au demeurant – des Bruxellois pour ces fonctionnaires européens, lobbyistes, etc. qui ont fait grimper les prix, du foncier notamment, mais aussi par fainéantise de ma part :D). Personnellement, j’ai eu très rarement affaire à ce genre de cas, hormis le vieux mec du guichet STIB à la gare du Midi 😀

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