Dominique a.

Il y a des artistes que l’on écoute intensément pendant trois jours et que l’on range dans un coin sans jamais y revenir. Et il y a des artistes vers lesquels on revient, comme ça. Au hasard d’un twitt de tonton Raoul.

Lui, je l’avais découvert lors d’un titre enregistré avec Yann Tiersen il y a maintenant 5 ans, un peu au hasard, dans les limbes de Radioblog, à l’époque où je m’extasiais devant les Mouvements Introductifs de Monsieur le Violoniste. Et puis je l’avais mis de côté. J’étais retombé quelques fois sur deux ou trois de ses chansons, sans suffisamment de curiosité pour aller fouiller un peu plus loin. Mais je savais que ça me plaisait.

Et puis, je sais pas si c’est l’humeur ambiante, mais j’ai passé un bon morceau de la nuit casque sur les oreilles, bien décidé à fouiller une bonne fois pour toute. Alors c’est simple, j’ai écouté à peu près 30 morceaux de minuit et demi à 3h du mat’ sans pouvoir décrocher. J’ai enlevé mon casque parce que je bossais 6h plus tard, mais je pense que j’aurais pu continuer bien plus longtemps. Ce type est fascinant. À propos de tout. De son texte, de sa rythmique qui lui est si propre et surtout, de son évolution.

Dominique A fait partie de ces artistes, capables de créer des mondes en deux grattes de guitare, deux notes de piano. On sent la noirceur d’un Tiersen, associée à ces mots qui rappellent sans cesse ceux de Bashung… mais je t’en parlerai plus tard. Dominique A, c’est aussi une voix qui est devenue sa marque de fabrique. Identifiable entre mille, le vibrato de ses fins de phrases – si il intrigue – donne une dimension solennelle et délicieusement désuette, qui sert parfaitement une mélodie toujours très efficace. En écoutant Dominique A, j’ai l’impression d’un énorme carrousel qui se met en marche ou d’un bateau qui tangue violemment, paumé dans un orage monumental. Mais ce qui me frappe avec lui, c’est son évolution. Plus il prend de l’âge, plus j’aime ses albums. Il réussit la prouesse de faire des albums dont les chansons sont particulièrement égales, notamment sur son dernier album La Musique. Elles touchent leur but, sans vraiment en laisser une de côté. Chacun de ses albums est une claque, douce et franche.

Chacun de ses morceaux est un voyage vers un monde inconnu, peuplés de mots que l’on n’attendrait pas.

Et c’est là son point commun avec Bashung. Si il dégage la même atmosphère métallique et brumeuse, on retrouve surtout la même alchimie entre les mots et le même savoir-faire du titre. On retrouve ces groupes de mots dont l’association créé immédiatement l’interrogation et l’envie d’aller plus loin, de chercher à comprendre, de trouver un sens. Je pense notamment au titre d’un de ses albums qui me parle particulièrement, et qui s’appelle Sur nos forces motrices, ou à des chansons comme Le commerce de l’eau et Pour la peau. J’aime ce qu’il fait d’autant plus qu’il aimait beaucoup Bashung, et que pour moi comme pour lui, L’Imprudence est certainement son meilleur album. Forcément, ça me parle.

Et puis finalement, Dominique A, c’est aussi une stature. Une carrure architecturale, un visage anguleux et solide qui contribuent sans aucun doute au mysticisme et à la douce folie qui se dégage de ce bonhomme, que rien ne semble pouvoir vraiment ébranler.

Bref, j’ai passé la nuit les oreilles dans sa discographie, j’avais pas fait ça depuis longtemps. Et nom de Grümpf, je vais pas tarder à recommencer. Ça fait un bien fou.

En plus, si on en croit la dynamique, les prochains albums ne seront que meilleurs. Avec tout ça, moi j’ai hâte. Parce que maintenant, je guette.

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14 réponses à “Dominique a.

  1. Bravo,
    très beau billet.
    Tu as su trouver des mots très justes pour parler de la musique de Dominique A.

    • Merci beaucoup, c’était juste un grand plaisir d’écrire ce billet.
      M’en faudrait plus souvent, de jolies choses comme ça.

  2. T’ain J’arrive pas à remettre Raoul comme pseudo… Pas grave. Mon cher petit. Je suis content d’être la mèche qui a allumé ce beau pétard de billet que tu nous a fait sur Dominique A. Je suis aussi RE-tombé dessus un peu par hasard en fredonnant le « 22 bar ». J’adore ton image de carrousel qui nous emporte et nous entraîne dans une folle farandole (Je m’égare et cite Piaf). C’est exactement ce que je ressens en l’écoutant. Avec cette envie de tourner sur moi-même les yeux fermés et le sourire au lèvres.

    • Je changerai de Raoul la prochaine fois, t’inquiète.
      Tu le vois toi aussi, le vieux manège en bois avec du velours rouge et bleu sur les cheveux. Ce truc va a une vitesse folle. Ça démarre à chaque fois que je lance un de ces morceaux.

      Y’a de ces moments dans la rue, où ouai. Tu tournerais bien sur toi même, sourire béat.

  3. Belle écriture… Et on replonge dans Dominique A., en redécouvrant à chaque écoute.

  4. Je suis bizarrement pas du tout senseible à Dominique A. Je vois bien que c’est bien. Mais je reste plantée sur le quai.

    Attention, j’écoute bcp de musique francaise, c’est pas le fond du probleme. C’est juste que je suis de l’école de Benjamin Biolay.

    • Je comprends vraiment ce que tu veux dire. J’étais vraiment comme toi avant. Mais là, je sais pas, y’a une fraîcheur, une originalité, une profondeur que je ne retrouve pas du tout chez Biolay.

      À vrai dire, je trouve que c’est assez mono-émotionnel Biolay, à la longue. J’ai pas l’impression de découvrir véritablement quelque chose quand j’écoute ses nouveaux morceaux… ça me laisse de plus en plus de marbre, en fait.

  5. Dominique A en plus d’être un amour dans la vie et un bon journaliste, il est aussi un artiste qui se ressent, qui prend le temps de s’écouter et qui prend toute son ampleur en concert. Sur le papier il n’a pas la voix qui me transcende le plus mais j’ai un souvenir d’un concert, un soir dans une petite salle parisienne, en 2006, pour son album l’horizon, qui est devenu après sur nos forces motrices (titre tout simplement génial). Les mélodies étaient taillées, les paroles de dans un camion ou les pleureuses prenaient une force incroyable pour un moment de pur magie. Un artiste dont on ne parle pas assez malheureusement, content de voir qu’un blog agréable à lire le fasse. Cordialement.

    • Il m’inspire vraiment ça oui, une forme de bienveillance.
      Dans un camion, Les Pleureuses, Pour la Peau, Immortels… C’est ce que je dis de lui dans cette comparaison avec Bashung, il a vraiment ce sens alchimique des mots, quelque chose qui prend immédiatement.

      L’être en lui-même me touche vraiment.
      Merci à toi pour ce sympathique commentaire et bienvenue dans la voiture !

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