Le privilège des garde-côtes.

Briscard (n.m.): Homme que l’expérience a rendu rusé et malin.

Il connait certainement la plage aussi bien que la mer. Les rides parallèles sont séquelles d’après-midi de grands vents. Creusées par le sel, elles sont les stigmates d’un temps qui aurait du passer. Elle sont les stigmates d’un temps auquel il semble s’accrocher comme à une bouée de sauvetage, ancrage dans une époque tapissée d’insouciance, de jeunesse et de plaisir. Ses yeux sont emprunts de la nostalgie des vieux briscards qui ne vivent jamais vraiment le moment présent. Et puis la bienveillance, la bienveillance qu’apporte l’expérience. Avoir vécu et vivre. Avoir suffisamment de valises pour continuer le chemin, permettre aux autres de faire les leurs avec un bout des siennes. Transmettre la connaissance, le comportement de l’eau et du vent. Laisser faire. Aussi. Profiter d’un moment présent riche d’expériences passées. Partager.

Payer le prix de la sérénité. Ses bagues sont autant de grigris que de certitudes durement acquises.

Quel sera mon visage dans 30 ans ? Aurai-je fait de la route ? Aurai-je usé le temps si fort que je n’en aurai plus pour les regrets ? Est-ce qu’on verra encore mes yeux si je souris ? Et puis les gens, que penseront-ils de moi ? Il y a des jours où je voudrais avoir les certitudes des vieux briscards, de celles qui t’offrent des épaules pour t’accrocher quand le sol s’effrite.

Plus tard, je veux être un garde-côtes.

Pour l’instant, je suis bien content d’avoir mes quelques vieux briscards, des valeurs sûres, des points d’ancrage. Je me souviens qu’à une époque, je les appelais « mes piliers » – parce que ce sont les seuls qui portent les murs pendant le tremblement de terre. Ils parlent, ou pas. On s’en fout. Ils sont là. Chacun communique à sa manière avec ses garde-côtes. J’en ai trouvé quelques-uns ces derniers temps, ils sont là à chaque étape, à chacun de mes trajets en voiture, approuvant ou pas l’itinéraire, toujours là pour me poser les bonnes questions et m’aiguiller sur les chemins qu’ils ont déjà pris.

On devrait toujours connaître un vieux briscard.

La photo qui inspire ce billet a été prise par mon ami Gaorl, aka Bruno Raymond, photographe de son état. Il vient de redessiner son site internet et à réouvert son blog. Je connais Bruno depuis un peu moins d’un an, c’est une des jolies rencontres de l’Internet qui ne s’est pas encore faite, mais ça ne saurait tarder. Bruno pourrait certainement être un de ces briscards dans quelques années, spécialiste en bienveillance, il m’a souvent donné le petit coup de pied au cul nécessaire pour passer à l’étape suivante. Bruno est un moteur qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense, je tiens donc d’abord à le remercier de m’avoir permis de m’inspirer de cette superbe photo pour écrire ce billet, et surtout d’être de ceux qui ont souvent le mot qui va bien, quand ça va pas. J’espère qu’il écrira un jour.

Retrouve Bruno ici !

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11 réponses à “Le privilège des garde-côtes.

  1. Merci pour ce joli billet Henri, en plus Alain est un homme aussi passionnant qu’il en a l’air, c’est un des sages du surf, le Gourou

  2. J’aime beaucoup ton écriture là dedans, Henri. À en paraphraser Hélène. Tu prépares ton dossier ? Si pas, tu devrais.

  3. Je ne sais pas si tu seras un vieux briscard, mais tu es déjà une très belle plume! (et c’est une vieille briscarde qui te le dit…)

  4. Il est beau cet homme.

    Je trouve ça bon de vieillir, tu t’apaises, tu deviens sage, la vie te forge et c’est a toi d’aimer ce qu’elle t’offre et si tu l’aime cette vie, tu deviens ce vieux briscart, le regard profond et malicieux.

    Il est beau cet homme, et vu comment ton coeur transpire dans ta plume, je ne doute aucunement que tu deviendras aussi magnifique, Henri.

    Une fois de plus merci pour cette magnifique musique, tu refais toute mon éducation.

  5. ce texte est splendide Henri… curieux comme depuis quelque temps à te lire on a l’impression que tu mets de plus en plus de toi, que tu te révèles (non je vais pas te faire le coup du papillon de lumière MOUAH AH Ah). Sans déconner, c’est de mieux en mieux.

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