Au détour des lignes droites.

Voilà. C’est fini. Sans vouloir pour autant paraphraser Jean-Louis Aubert (y’a des limites), l’aventure est bel et bien finie. Je viens de rentrer chez moi, j’ai vidé ma grosse valise bleue, reposé mes affaires dans l’étagère. On dirait que c’est la fin de ce périple qui a duré 10 mois. De Montréal à Bruxelles en passant pas New York, j’ai vécu un millier de choses, rencontré des dizaines de personnes et je n’oublierai rien.

J’ai souvent pensé au moment où j’écrirai ce billet. J’y ai souvent pensé sans pour autant vouloir vraiment l’envisager. Je crois que je n’ai jamais autant grandi que pendant ces dix derniers mois et c’est un peu difficile de devoir admettre de fait, que c’est effectivement la fin. Cette année a fait effet de révélateur. Il a bien fallu que je me débrouille et que j’avance par moi-même, j’ai redécouvert l’affrontement, j’ai appris à ne plus le fuir. J’ai appris à dire non, à tenter le conflit plutôt que la passivité. J’ai fait le deuil de certaines amitiés, j’en ai découvert d’autres. Maintenant, je pense que je sais clairement ce que je ne veux pas dans ma vie, et il est hors de question que je laisse qui que ce soit influencer mes choix. J’ai appris à vivre, mieux.

Je ne suis plus ce personnage plein d’inertie. J’ai appris le pouvoir de la décision, de celles qui t’engagent sur un chemin dont tu ne maitriseras pas vraiment les virages, mais que tu suivras parce tu sais qu’au bout, il y a de nouvelles choses, de nouvelles expériences. J’ai appris à me foutre du regard des autres, à écrire sur ce blog, à écrire enfin ce que je pensais, à mettre des mots sur mes réflexions. Ce travail d’écriture m’a sans doute permis d’avancer bien plus vite, de fixer les choses et de pouvoir prendre du recul. Le compromis ne m’intéresse plus, j’ai une identité. La mienne.

Alors le chemin a été long, fastidieux, mais jonché de superbes rencontres. Dans un premier temps, il y a eu cette rencontre avec toi, lecteur. Toi qui parfois commente, laisse une phrase. Toi qui reste dans l’ombre, qui me lit certainement sans que j’en ai vraiment conscience. Toi que je connais. Ou pas. Sache que le seul fait que tu me lises m’engage à te remercier d’être fidèle ou de passage, au rendez-vous de nouveaux voyages.

Puis il y a eu ceux qui ont partagé ce que sont devenus mes maisons, mes colocataires. Que ce soit à Montréal ou à Bruxelles, j’ai passé des moments que je n’oublierai pas et je vous souhaite d’aller le plus loin possible, de réaliser vos projets de vie, aussi dingues qu’ils soient. Allez-y, foncez. Le doute n’a pas sa place. Ce que pensent les autres n’a pas d’importance. Faites vos choix. Tentez, réussissez, plantez-vous. Vous le savez, les regrets sont des fardeaux bien trop superflus pour que l’on s’autorise de les traîner sur tant de distance.

Il y a aussi mes guides, les gens qui j’ai croisé là-bas, avec lesquels les liens se sont tissés immédiatement. Je pense indubitablement à Hélène et Alexandra, ma famille de loin qui m’a accueilli à bras ouverts. Je pense aussi à Patrick, rencontré au détour d’un concert de Moby, dont l’histoire restera planquée dans un coin de ma mémoire. « You’re future is bright ». That’s what you told me, and I won’t forget. But I want know you to know it is never too late. You can. Still. Je pense à Janik qui est en train de faire son chemin. Même si les décisions ont été dures à prendre, je sais que tu as fait et feras les bons choix. Je pense à Pauline, qui m’a fait découvrir sa ville avec de superbes étoiles dans les yeux. Les gens comme toi font de grandes choses. Et puis je pense à Virginie qui m’a ouvert la porte et m’a emmené loin dans son univers sur des pistes que je connaissais en fait si bien. Merci de m’avoir mis les choses en face. À Paul, qui doit comprendre que rien ne finit tant que l’on n’a pas rendu son dernier souffle.

Photographie de Bruno Raymond

Ce soir je pense aussi à cette petite famille que j’ai trouvée sur l’Internet, cette famille pleine de gens dont je ne peux plus me passer. Cette famille de gens qui ont fait mon quotidien depuis dix mois, apportant chacun leurs briques à l’édifice que je galérais à construire. Je pense bien sûr à Vincent, le grand-frère que j’ai pas eu. À Clément, la bienveillance et la générosité incarnée. À Sébastien M., l’intelligence la lucidité. À Youssef, qui réalisera forcément son rêve de grand écran un de ces jours. À Nora, qui a la révolte saine et l’humour noir des grandes personnes. À Phiphi, la finesse même. À Malice, petit personnage dont les facettes se révèlent tous les jours. À Ludivine M., vieux sage dont la sensibilité n’a d’égale que l’humour. À Julie, ma grande soeur pas si punk que ça qui me manque un peu tous les jours. À Sand qui ira écouter Arno pour moi place Sainte Catherine, en riant aux éclats. À Marie C. qui fait déjà de grandes choses avec ses mots. À Nath, dont l’attachement viscéral à la musique et aux gens me rappelle souvent le mien. À Zouz, l’Optimisme. À Florence P., qui fera de grandes choses, parce que quand on y croit autant qu’elle, il y a forcément un moment où ça paye. À Romma, qui doit franchement être une fausse blonde, dans le fond. À Priss qui planque une belle finesse d’esprit derrière un drôlisme franc. À Bruno R., là dans l’ombre, soutien sans faille et réparateur en confiance en soi, à ses heures perdues. À Marie, qui écrira encore et encore, et qui comprendra finalement. Aux 4 connards, pour m’avoir tenu éveillé, m’avoir redonné vraiment l’envie d’écrire et de réfléchir. Aux voldemagiciens qui vont me permettre de tourner la page rapidement et d’aborder le futur avec de nouveaux projets. J’en oublie forcément, d’avance, je vous présente mes excuses.

Sachez que suis riche de ce que vous êtes.

Si la ligne droite n’est pas le plus court chemin pour aller d’un point A à un point B, il faut juste tester le zig-zag. Ça marche aussi.

Publicités

39 réponses à “Au détour des lignes droites.

  1. Pingback: Les tweets qui mentionnent Au détour des lignes droites. « Route de nuit… -- Topsy.com·

  2. Il faut toujours remercier l’arbre à karité sous lequel on a ramassé de bons fruits pendant la bonne saison.
    Ahmadou Kourouma

    Bonne chance à toi, homme devenu grand!

  3. Han.

    Bon je sais absolument pas ou est cette putain de place ste Catherine mais je trouverai 🙂

    Ton billet résonne forcément. Une histoire de cycles tout ça hein ?
    Un se termine, un autre s’annonce. Avec toutes les jolies choses vécues qui restent au cœur 🙂
    J’ai pas connu le Henri d’ avant mais celui d’ aujourd’hui est un gars bien pour ce que j’en sais.

    • La place Sainte Catherine, je suis sûr que t’adorerais l’endroit. Y’a plein de gens qui dansent autour des fontaines du milieu, plein de troquet improbables et la lumière est superbe en été. Et c’est le quartier d’Arno.

      • Nan, ça aurait pu, mais c’est encore plusse joli que l’endroit ouskon a bu, j’ai découvert ça juste après que tu sois partie.

  4. C’est joli et émouvant tout ça, mon bichon….

    Je resterai une révoltée saine avec plein d’humour noir dans le dedans.

  5. Euh mais euh bbb **… Si c’est moi, suis stupéfaite de me trouver ici ; bien avant déjà ce texte avec tellement de toi dedans m’émouvait, et donc maintenant je pleure très fort (cela dit merci, c’est rafraîchissant par ces grosses chaleurs). Quand est-ce que tu viens à Paris ? J’ai envie de te faire un gros câlin, du coup, là tout de suite.
    Merci.

    • Oui c’est toi Flo, faut pas pleurer, y’a pas de raison.
      Je viens sur Paris dans pas longtemps, juste après mon escale toulousaine.
      De rien ma grande.

  6. Ben voilà mon grand (je t’appelle mon grand si je veux). A mon humble avis, ça finit pas, ça commence. Parce qu’écrire c’est un travail, d’abord sur soi-même, mais un travail qui porte ses fruits, qui débouche les boyaux de la tête si je peux me permettre cette expression. L’écriture et le voyage ont fait du petit Henri qui ne savait pas trop quoi faire de sa vie un grand Henri dont la route, même si elle se fait de nuit, est éclairée par ces quelques lampadaires que nous, les sus-cités, somment et surtout par les phares de ta bagnole. Alors fais les niveaux, vérifie la pression des pneus et roule!

    • T’as le droit de m’appeler mon grand, t’es le plus vieux. Huhu.
      Oui, c’est clair qu’en regardant dans le rétro, je pense que j’ai fait un sacré bout de chemin. Mais je crois que tous, on a pas mal avancé à notre manière pendant cette année là, non ?
      Bise tonton.

  7.  » Ne laisse jamais personne te dire que tu n’est pas partie loin, c’est faux. Tu es partie à mille lieues de toi et c’est ça qui compte, la distance, on s’en fout. Faire son voyage, c’est juste ce qui compte. Point. La distance n’a rien à voir là-dedans.  »

    Je retiendrai cette phrase que tu as pu m’adresser il y a quelques temps, et qui me suit au quotidien comme un crédo. Merci .

    Tweedy

  8. Je profite de ce billet pour sortir de l’ornière : passagère invisible, ça fait longtemps que je me sens bien dans cette caisse et que je suis la route avec attention. Merci.

  9. Je viens aussi de poser mes valises, et ce texte, c’est aussi des choses que j’aurai aimé formuler sans y arriver. Merci encore pour cette année à te lire, et je reste dans la voiture, obligé!

    • J’aime te lire ici, ou chez toi… et je pense qu’on écrit ce genre de trucs chacun à notre façon, tu l’aurais fait à ta manière, je suis sûr.

  10. Bon,

    J’ai lu ce post il ya 2 jours et je me suis promis de le commenter correctement dès que possible. Donc agissement:
    -je me suis assis à mon pupitre, j’ai sorti mon crayon quatre couleurs, j’ai lu, et j’ai bien suivi la leçon de vie d’un petit gars, on a qu’à l’appeler Riton parce que ça l’énerve, un petit gars donc, qui a une maturité trop grande pour la garder toute entière dans son petit corps, qui a une sensibilité trop forte pour ne pas la balancer à la gueule des gens, mais toujours avec respect, toujours avec bienveillance…
    Et là j’ai dit « ouch ».
    -Il est évident que ton expérience récente de retour au bercail entre en résonance avec mon propre parcours, mais force est de reconnaître qu’en partant plus longtemps et plus loin, je n’ai pas acquis le quart de ta clairvoyance…L’heure de prendre des décisions et de se lancer me donne des sueurs froides quand pour toi elle est avant tout une invitation à l’aventure.
    Donc là, c’est le moment où j’ai dit « bravo ».
    Ha, et on me souffle aussi « respect! » à ma droite.
    Je souscris.

    Ta bagnole ira forcément loin car l’envie est une énergie renouvelable.

    • Wow, finalement t’arrives à écrire un truc super mignon sans bite couilles et prépuce dans le dedans?
      Énorme.

    • Ben je sais pas quoi dire.
      Ça fait une semaine que je me demande ce que je vais bien pouvoir répondre à tout ça. Je sais pas bien où me foutre là.

  11. moi je les fais maintenant mes valises 🙂 quelque part tu referas les tiennes, encore et encore…même à domicile. Par les rencontres, les découvertes que tu sauras faire chaque jour. Pour l’heure, merci pour ce beau morceau de texte, touchant et qui sonne si juste.
    Une autre lectrice de l’ombre…

  12. Voilà, une page se termine et la suite du livre se trouve à la suivante. Juste une respiration et la musique du papier qui se tourne.
    A. millefeuille, il y en aura encore des mots, des textes et de la magie de vie avant le point final.
    Je t’aime petit Henri devenu grand…

  13. Pingback: La raison d’être « Miscellanées…·

  14. Pingback: La raison d’être… « Miscellanées…·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s