Et que la lumière soit.

Un an.

Cette semaine, ça fera un an que ce blog existe. Alors forcément, c’est un peu émouvant de voir que ce qui ne devait être qu’un petit blog de voyage familial est devenu un lieu d’échanges, de rencontres et de partage – au sein duquel de jolies histoires ont pris racines. Alors pour marquer le coup, je vais tenter un petit truc.

Une à deux fois par semaine cet été, je vais laisser le volant à quelqu’un d’autre. J’ai rencontré cette semaine ce quelqu’un d’autre que nous appellerons N. pour le moment. Ça fait un petit bout de temps que je lis ce qu’il écrit, et je dois avouer que certaines de ses phrases font souvent échos à ma façon de rédiger certains posts, notamment dernièrement… En plus de cela, j’ai énormément de respect pour le personnage et son boulot (tu en sauras plus par la suite…), c’est pourquoi c’est vraiment une petite fierté de pouvoir mettre ses mots ici pendant cette courte période.

Je ne veux pas t’en dire trop. Si ce n’est peut-être que N. écrit des lettres, comme ça, à C. Des lettres comme les confidences que l’on fait aux arbres pendant ces petits moments de jeunesse autistique. Des lettres comme des bilans, à une destinataire qui ne prendra jamais vraiment le temps de répondre. Des lettres comme des sauts en arrière, des moments de fixation, des réflexions nourries au regard d’un papa dont le métier prend finalement une certaine place. C. existe-t’elle vraiment ? Je n’en sais rien. Et finalement, c’est pas très important. Est-ce un énième rôle, un exercice de style, un véritable exutoire ? Je n’en sais rien non plus, mais le fait est que les phrases sont là. Et que quelque chose se passe certainement au fil des mots, des dates, des interrogations.

Pour que tu ne sois pas trop perdu, sache que N. travaille souvent derrière le rideau, devant la caméra ou avec des acteurs. Tu comprendras plus tard. Et ce que je vais faire moi, dans tout ça, c’est illustrer chacune de ses lettres avec un peu de musique, histoire d’apporter peut-être un peu de théâtralité, ou de mettre en abîme deux ou trois réflexions.

J’espère que vous serez nombreux à suivre cette série, qui me semble être un bon fil conducteur vers le mois de Septembre, le temps de laisser passer l’été et de revenir en pleine forme, pour de nouveaux trajets. C’est parti. N’hésite pas à partager, ou à laisser une ou deux phrases…

[Ces lettres ont d’abord été publiées sur Facebook, à la disposition des amis de N. qui pouvaient les lire et réagir aisément.]

La correspondance a déjà démarré. Ce n’est pas la première lettre…

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« Et que la lumière soit ».

 » Chère C.,

Il est tard. Je devrais travailler à un scénario qui se dérobe sous mon clavier, et me voici devant vous, pour vous parler, pour vous écrire, pour passer encore quelques instants avec vous. Pour rêvasser, pour me perdre, pour simplement être là à vos côtés et laisser filer la vie. Rien de particulier à vous dire, mais l’envie de rassembler les pièces d’un puzzle qui m’échappent parfois, et dont je n’arrive toujours pas à saisir – une fois rassemblées -, ce qu’elles pourraient représenter, ou ce que je dois comprendre.

Où mènent nos vies?

Je crains qu’il n’y ait pas de but. Pas de cohérence. Nous avançons en aveugle, et nous essayons après coup de donner un sens à tout cela. Mais y en a -t-il un vraiment?

Je vous dis tout cela parce que ces moments passés à vos côtés participent de ces instants où ma vie échappe à toute logique. Vous êtes dans un monde qui n’est pas le mien, et pourtant nous parlons souvent et votre écoute m’est précieuse. J’ai retrouvé avec vous le goût d’écrire et le bonheur des mots, et rien ne me bouleverse autant que de sentir ces petits billets toucher des êtres que je ne connais pas toujours mais qui, pour quelques instants, deviennent plus proches et plus fraternels. J’ai comme vous l’habitude de partager avec le public des émotions, des pensées, des larmes, des fous rire. Mais écrire… C’est bien plus que cela. Et je m’étonne d’avoir passé ce cap. D’avoir surmonté cette peur. Car vous écrire, chère C., c’est me dévoiler bien plus que sur une scène, un écran, où au travers d’un spectacle. C’est livrer ce que les rôles dissimulent, c’est montrer ce que je ne montre jamais. Pourtant je brouille les pistes, je change les noms, je mélange les histoires. J’invente, je mens, je m’amuse. Mais se dégage de tout ces mots accumulés une vérité intime, qui me révèle quelqu’un que je connais bien, qui m’agace souvent, que je finis parfois, sinon par aimer, du moins par accepter, et avec qui je me dis que, sans doute, la vie est possible. Je vous dois donc, chère C., un peu de cette réconciliation avec moi-même et ça n’est pas le moindre de vos mérites.

Je crois que vous avez fini vos représentations. Marivaux s’en remettra, vous verrez… Profitez de cette petite pose dans votre emploi du temps pour aller voir le très beau spectacle de Luc Bondy, avec cette même « Seconde Surprise de l’Amour ». Ne vous fâchez pas de ce conseil, je sais que les comédiens détestent que d’autres jouent « leur » rôle, mais ce spectacle est une telle merveille d’intelligence, de beauté, de finesse que vous tomberez d’accord avec moi, et que vous regretterez un peu cette version que vous avez jouée dans ce théâtre improbable où je suis venu pourtant parce que j’aime vous voir en scène, même dans des spectacles qui n’en sont pas!

Je vous laisse chère C., car vous le savez, mes enfants, surtout le dernier qui est un diable, n’hésiteront pas demain, à une heure que vous ne soupçonnez pas, vous qui pensez que les journées commencent à midi, à me tirer de mon lit et à réclamer l’attention que je leur dois et que je leur donne avec bonheur.

Il faut que vous veniez dîner à la maison un soir. Vous verrez toute la famille. C’est amusant la famille. Surtout lorsqu’on en a pas. Je veux dire par là que vous serez heureuse, un soir, de vous abriter un peu dans ce qu’on peut bien appeler un cocon, un nid,un repaire. Les amis sont souhaités. Nous vous y attendons.

Je vous embrasse.
Bien à vous.
N. »

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4 réponses à “Et que la lumière soit.

  1. C’est joli…

    Même si j’aurais préféré que ça soit la version originale de la chanson qui soit citée, Keren Ann sauf erreur de ma part 🙂

    • C’est vrai que c’est Keren Ann à l’origine. J’aime terriblement cette chanson et j’ai découvert la reprise de Stacey Kent juste hier soir, donc j’ai tenté le coup… parce que je la trouve vraiment sympa à sa manière.
      Mais c’est vrai que celle de Keren Ann a un goût particulier…
      La voilà pour ceux qui veulent les comparer…

  2. Pingback: Somewhere there’s a Sunday. « Route de nuit…·

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