Le manège, la valse et l’orage.

Et si c’était simple. Simple comme une seule minute. Une minute pour faire un petit voyage, comme ce petit remontant que l’on prend souvent avant de descendre du tabouret de ce vieux bar qui sent bon le cuir chaud, avant de rentrer chez soi. Ça s’écouterait comme on prend un médicament, ça se consommerait comme une évidence qu’il serait absurde de remettre en question.

Ce serait comme Pascal Comelade, ce serait surprenant, dérangeant, intriguant. Et ça pourrait être un problème. Au début, je ne comprenais pas Comelade, comme englué dans un préjugé à la Tiersen, avec une forme de joie naïve et enfantine en plus, qui ne me parvenait pas. Et puis à force de lire que le problème venait de moi, j’ai fini par y croire. Et je suis allé chercher un peu plus loin. Je sortais d’une période où la naïveté, encore moins la joie étaient des choses que je recherchais dans la musique – je pense que je l’avais rangé dans cette case-là Comelade, celle de l’enfance, du bal de village stéréotypé, de la surface. J’avais besoin de profondeur. Et c’est bien là que je me suis trompé.

Pascal Comelade est de ces artistes qui ont des univers dans lesquels il faut entrer en sautant à pieds joints. C’est un grand manège qui tourne très vite, qui vous happe en trois temps comme ça. Alors c’est plus ou moins facile d’être confronté à ce cocktail qui évoque à la fois la candeur de l’enfant et la mélancolie de l’adulte, c’est d’ailleurs peut-être ce qui déstabilise. Il joue sur des registres diamétralement opposés qui s’entrechoquent sur cinq minutes.

Comelade, c’est un péché d’anachronismes calculés que l’on aime réussir à pardonner.

Ça commencerait comme ça, sans prétention. Trois temps et un piano, une valse toute bête. Ce serait une forte brise ponctuée de gouttes de pluie. Ce serait la batterie. Et puis ça se transformerait en une valse moins bête. Ce serait une valse naïve et enjouée au glockenspiel, sous une pluie battante. Et puis viendrait l’accordéon, vaporeux et entraînant, comme un orage en slow-motion.

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15 réponses à “Le manège, la valse et l’orage.

  1. J’aime beaucoup tes titres, très évocateurs. J’aime beaucoup cette musique que tu me fais découvrir (pourtant, j’aime bien Tiersen…) et surtout je trouve que ton écriture se renforce à chaque billet; elle devient de plus en plus « sensitive »; elle pose l’ambiance d’un pays où l’on aimerait vivre. Merci!

    • Mais on peut aimer Tiersen aussi ! On peut aussi les confondre, ça c’est la faute de l’accordéon. Mais Comelade travaille quelque chose de différent, y’a de l’émerveillement, de l’euphorie qu’il n’y a pas chez Tiersen.

  2. Oui mais euh il est où Comelade car là je n’ai entendu que Tiersen !!
    bon quand je serais at home j’irais écouter d’autres titre du sieur Comelade pour me faire une meilleure idée…..

  3. Super article, pas évident de trouver des images a mettre sur la musique et tu réussis vraiment !

    @Grain de Sel: Comelade est né en 1955 Tiersen en 70, il est fort probable (bien que leur musique n’ait pas grand chose à voir) que ce soit plus Comelade qui inspire Tiersen que le contraire (les deux ont collaboré d’ailleurs)

  4. Le bonhomme s’est pas mal amusé à reprendre des titres célèbres en les transformant sans aucun respect. Paint it black en a pris pour son grade, et c’est drôlement drôle.

    Pour commencer, je conseille « Danses et chants de Syldavie »

  5. Paint it black on le retrouve dans une compil trouvable sur le net (introuvable ailleurs car hors série) compassio pel demoni avec plein de repris des stones dont under my thumb

    Sinon Russian Roulette est elle aussi une reprise de Lords of the new church (super morceau au demeurant)

    Comparé a Tiersen il y a une vie dans sa musique qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs, l’art de détourner les sons les instruments les morceaux, et la patte Comelade est assez marquée, comme il dit depuis 30 ans il refait le même morceau … pour notre grand bonheur

  6. Je ne connaissais pas. Beau billet pour une belle découverte.

    Mais… oui ça « pourrait » être un problème. C’est vrai que ça réveille des choses auxquelles il n’est pas forcément facile de faire face en toute circonstance. L’enfance donc, oui évidemment. Mais pas que la mienne. Je ne saurai expliquer pourquoi, mais ça me renvoie également à ces enfances en cours, que je vois se dérouler sous mes yeux. Et cette mélancolie dans le ton me laisse du coup un drôle de goût dans la bouche…

    C’est sûrement une question de moment et de contexte, je pense. De fait, Comelade, je crois que je vais me le garder pour un peu plus tard. Mais j’y reviendrai forcément…

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