Oser le pari de l’espoir.

Je comprends plus.

Je ne comprends plus ce pays dans lequel je vis. Je ne comprends plus les gens. Les noeuds sont trop serrés, les brins trop emmêlés. Plus personne n’écoute, les yeux rivés au sol, aveuglés par la rue ou les plafonds de verre. Les territoires sont gardés, protégés corps et âme. Les gens s’ignorent, défendant des valeurs auxquelles ils finissent par ne plus croire un jour, engoncés dans la monotonie et les ornières que l’on a dessinées pour eux. Les gens ne savent plus réfléchir. Au point de se satisfaire toujours d’une troupe de pantins de chiffons qui jouent très adroitement à celle qui brûlera en dernier, au feu des ambitions de leur voisines.

Je ne comprends plus ces gens, qui brandissent vocation dans un sursaut d’orgueil, prétendant être choisis pour leur intelligence, sinon leurs compétences à comprendre le fonctionnement du monde, ses problématiques et ses attentes. Prétendant être choisis pour savoir mieux que d’autres, prendre des décisions. Je ne comprends plus la surdité de ces hommes et femmes qui nous gouvernent. Le sable aura bientôt un goût amer. C’est la suite logique des choses quand la tête de l’autruche y meurt, y sèche, y pourrit.

Je n’ai pas d’illusions. Je sais que si la roue tourne, ces lignes finiront par s’écrire selon le même patron. Je n’ai pas d’illusions parce que je sais que ce fantasme est épuisé, attaqué de toute part par les vapeurs d’alcool de l’ivresse du pouvoir. Je sais que nos univers coexistent, parfois même se confrontent, se repoussent – dans une seule et grande bulle, au sein de laquelle nous vivons tous ensemble. En même temps. Mais je sais aussi que les hommes et le temps ont posé suffisamment de barrières pour que ces frontières soient définitivement imperméables.

J’espère – et cela m’arrive suffisamment rarement pour que ce terme porte tout son sens – qu’un jour, les gens pourront se parler normalement. Qu’ils auront suffisamment de spontanéité, d’empathie et de finesse pour comprendre que non, passer une après-midi entière assis à l’hémicycle à effeuiller le Larousse des injures n’est pas digne d’un homme que d’autres ont élu pour les représenter.

C’est pour ça que j’ai un problème avec l’espoir.

C’est beaucoup trop compromettant.

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4 réponses à “Oser le pari de l’espoir.

  1. Très bon. Avec en plus une reprise beaucoup très vachement sympathique de Bon Iver en fond, qui accompagne bien ces quelques lignes, je vais même rajouter un « Très ». Du coup, « Très très bon ».

  2. J’alterne en ce moment des phases d’espoir et des phases de pessimisme.

    Ce matin, c’est plutôt le pessimisme qui domine. Le gouvernement, à force de « cliver » (le dernier terme à la mode) a réussi à ouvrir des gouffres dans la société, entre blancs et non-blancs, entre salariés et indépendants, entre privé et public, entre riches et pauvres, entre centre et banlieue…

    Toutes ces fractures (copyright Chichi) existaient déja, mais rarement un pouvoir aura autant joué avec.

    Ce matin, j’ai peur. Peur de la surenchère dans le mépris et la violence.

    • Je suis un peu comme toi, même si, comme je l’ai déjà dit, j’ai un problème avec l’espoir. J’ai appris à faire avec les cartes qu’on m’a donné au jour le jour.
      Je partage cette même peur de la surenchère, c’est inquiétant. Aussi bien sur le plan économique, que sur le plan politico-psychologique, je pense que nous sommes en train de franchir des seuils de tolérance qui étaient jadis solides…

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