Être journaliste musical ?

Un petit morceau qu’il-est-trop-bien pour le principe.

Depuis tout petit, je veux être journaliste. Depuis moins longtemps, je veux que ce soit dans la musique. Seulement voilà, maintenant que je finis des études pour, je me pose quand même deux trois questions. Je réfléchis pas mal à ce métier ces temps-ci, et plus particulièrement au rôle du journaliste tel qu’on l’entend dans le sens commun : la transmission de l’information. À ce moment-là, qu’est-ce que peut bien être cette créature étrange que le journaliste musical ? Même si nous savons tous que l’objectivité n’existe pas, ce que nous appelons aujourd’hui le journalisme musical est une espèce de nébuleuse sans visage dont l’essence même n’est plus tant l’information que la critique.

Je fais ce constat en étant lecteur de la presse musicale aussi bien papier que web. La nouvelle formule des Inrocks, Télérama, Rock & Folk, Technikart et les autres sont des sanctuaires témoins de cultures différentes que leur pouvoir même, en tant que média, a contribué à forger. Je me demande donc à partir de quel moment on peut parler de journalisme musical. Il suffit d’écouter une discussion entre deux musicophages pour imaginer la même discussion se produire entre deux média différents. Où cela est-il du journalisme de dire qu’untel est meilleur qu’untel, d’écrire des papiers et de défendre son point de vue à ce propos ? Où cela est-il du journalisme de descendre tel ou tel artiste sous prétexte que sa musique, son travail ou son univers déplait à telle ou telle personne ?

Je me rappelle souvent de cette image quand j’écris sur de la musique :

Avec quelle légitimité, quelle crédibilité puis-je dire à un des producteurs de Grégoire que son poulain fait de la musique de merde à partir du moment où l’on débat d’un sujet au centre duquel trône ce qu’il y a de plus subjectif au monde : la sensibilité artistique ?

Alors certes, il reste tout les critères techniques, les critères d’influences, les critères historiques (et heureusement, parce que sinon, ce serait la merde) – mais comment puis-je asséner ce genre de chose à quelqu’un en me prétendant journaliste, puisque finalement, le contenu de mon propos est complètement dépendant et régi par la subjectivité artistique ? De la même manière qu’il est tout à fait possible que Grégoire plaise à des gens puisqu’ils ont même financé son album. À partir de ce moment-là, que cherche-t’on à atteindre, en tant que journaliste musical ? J’ai bien peur que l’on se retrouve au point de départ : ce que l’on aime doit être obligatoirement aimé par l’autre.

À ce propos, Owni a publié un article très intéressant à ce sujet qui parle de l’avenir des journalistes musicaux, en dressant des profils de journalistes en fonction de leur caractère, leurs aspirations et leurs parcours.

(Cette photo est une capture d’écran de l’article très intéressant d’Owni, consultable ici.)

Je ne me reconnais vraiment dans aucune de ces typologies. Je sens bien que je partage des traits avec trois ou quatre d’entre elles sans pour autant pouvoir me réclamer de tel ou tel profil (si j’étais vraiment honnête, je rêverais un peu d’être l’écrivain, mais bon). Néanmoins, ça ne nous permet pas d’avancer plus que ça. Le problème, comme le disent les gens d’Owni, c’est la collusion qui existe entre les média musicaux et les organismes commerciaux. On attend aujourd’hui de la presse qu’elle soit prescriptrice, qu’elle incite à l’achat, ce qui est bien contradictoire si l’on se réfère aux objectifs et au rôle initial du journalisme classique, dont on devrait en principe devoir se réclamer dans une situation idéale.

Bref. C’est un peu le bordel.

Comment je vais faire moi, tiens ?

Merci spécial @pl_constant.

RAPPEL

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17 réponses à “Être journaliste musical ?

  1. C’est très interessant, ton article.
    Ou alors je devrais dire « ça m’interesse » pour ne pas faire semblant que je ne sais pas que c’est une opinion subjective. Quelques commentaires désordonnés :

    Pourquoi écoute-t-on de la musique ? Pourquoi en fait-on ?
    Il faudrait multiplier les réponses à ces deux question pour avoir le nombre de raisons pour lesquelles on peut vouloir être journaliste musical.

    Je ne suis pas d’accord quand tu assimiles le métier de journaliste à un transmetteur. L’AFP suffirait si c’était le cas. Avec ta formation, tu ne peux pas ignorer qu’être journaliste, c’est sélectionner, hierarchiser, mettre en lien les informations. l’AFP est la perception/mémoire, le journalisme est l’intelligence. Enfin, intelligence dans le meilleur des cas.

    Bien sûr, on dit que le journaliste doit être prescripteur, mais il y a autre chose j’éspère chez lui que ce que fait déjà amazon.com : « les gens qui ont acheté cet article ont aussi acheté : ». Ce truc statistique est d’une pertinence très énervante.

    Ensuite, le goût… il y a plusieurs critères. plusieurs critères de mauvais goût. Le critère de distinction compte beaucoup plus qu’on ne le voudrait un « ultra-défricheur ». À ce sujet, il y a un ou deux chapitres de Révolte consommée – involontairement conseillé par Le Juif – qui t’intéresserait sûrement.

    • Je n’assimile pas seulement le métier de journalisme à la transmission, j’ai bien conscience de la hiérarchisation et du traitement. C’est là l’objet du deuxième paragraphe, je ne vois objectivement pas quel instrument, quelle valeur, quel baromètre utiliser pour hiérarchiser les informations qui nous intéressent en journalisme musical – hormis la culture et les goûts musicaux qui n’échappent en aucun cas aux éventuelles accusations de snobisme ou légèreté… C’est là que le bas blesse, c’est là que je me demande si un journalisme qui se fonde peut-être encore plus que les autres sur la subjectivité en est vraiment un.

      Je vais aller mettre le nez dans Révolte consommée, ça m’intéresse tout ça.
      Merci Phiphi de ta réaction, c’est pour ce genre de commentaires que j’ai écrit ce papier.

      • c’est vrai pour le deuxième paragraphe.

        je me demande s’il est possible de trouver des qualités à un morceau qui ne nous touche pas.. Ne faut-il parler que de qui nous plaît pour être objectif ?
        Parce que la question, si j’ai bien compris n’est pas tant Comment et pourquoi dire du bien de qui, mais plutôt comment et pourquoi dire du mal d’un artiste.

        Quand bien même on déterminerait des critères objectifs d’évaluation musicale, le nombre et la pondération de ces critères varient de l’un à l’autre puisqu’on écoute pas tous de la musique pour les mêmes raisons. Jusqu’il y a peu, je ne comprenais pas l’interet de musiques qui ne soient pas tristes, des musiques pour faire danser dans les bars. Donc ces critères varient selon les personnes mais aussi selon les moments. On peut évaluer l’érudition, on peut évaluer la virtuosité, bien qu’elle puisse se situer à plusieurs niveaux, mais on peut aussi trouver des vertus à la simplicité. On peut évaluer l’honnêteté, mais l’ironie peut être créatrice. On peut évaluer la cohérence d’une démarche mais on peut apprécier aussi la fantaisie…
        J’ai une non-réponse que j’applique souvent quand on parle de lucidité ou de conscience (du monde en général). la nature humaine (oui, oui, je fais une grosse généralisation philosophico-nombrilisto-prétentieuse, il est1h20, c’est le moment) se caractérise plus par la constance de l’effort à se dépasser que par sa capacité d’y parvenir. Appliqué au critique ca pourrait être que sa tâche n’est pas dans l’accomplissement d’une parfaite objectivité, mais dans l’élan qui le pousse à essayer. L’impulsion peut compter plus (et informer plus ?) que la méthode ou le classement (je suis pas un topiteur fou, en même temps). Et en tout cas, cette impulsion est elle directement liée à notre subjectivité.

        Ta dernière phrase m’est par ailleurs délicieuse.

        *retourne patauger dans des nuages de Bailey’s dans la nuit conceptuelle, à dos de licorne boiteuse, lalala*

      • Pourquoi dire du mal d’un artiste ?
        Peut-être pour éviter de se faire entrer dans le crâne un produit qui ne répond qu’à des critères économiques. Quand les producteurs et les distributeurs (tout support) cherchent à nous vendre du « contenu artistique », ça ne peut pas faire de mal qu’il existe quelque journaliste (ou critique) musical pour nous dire, le cas échéant, « c’est de la merde » (avec de jolies phrases). Mais peut-être que tu ne parlais pas de cela ?
        Dans le cas d’un artiste dont la démarche est sincère et reconnue, ce dernier a aussi « le droit » à l’erreur. Il peut se manquer sur une réalisation et le rôle du journaliste (critique) serait de mentionner ce faux pas sans complaisance.

        L’important, c’est le chemin.

  2. Je ne commenterai que sur un point, ce bout de phrase « où l’on débat d’un sujet au centre duquel trône ce qu’il y a de plus subjectif au monde : la sensibilité artistique ? »

    Aujourd’hui, on considère que tout le monde peut donner son opinion sur tout, que tout se vaut, etc. On assiste à un nivellement vers le bas, avec cette fameuse avanie que l’on jette à la tête d’une personne « Les goûts et les couleurs », pour échapper à la discussion.

    Or non tout ne se vaut pas et tous les avis ne se valent pas. Et la sensibilité artistique n’est qu’un pis aller pour échapper à toute forme de perspectives. Pourquoi ? Car personne ne réfléchit plus au sens de l’oeuvre, à son sens littéral et profond. Comprendre une oeuvre n’est plus une raison d’être, mais au contraire, nous accordons notre propre raison d’être à une oeuvre.
    Il y a une concordance du mot au monde tout comme il en existe une de l’oeuvre avec un sens.
    Dès lors qu’on arrête de chercher le sens d’une oeuvre, on la dénaturalise ou on la déconstruit.
    On ne jouit plus d’une musique à cause de ce qu’elle est intrinsèquement mais parce qu’on y projette notre moi. Or un véritable critique se détache de cette seconde nature pour aller au plus profond de l’oeuvre et ainsi jouir de sa véritable essence. En somme, un véritable critique se fiche profondément de la sensibilité artistique.

    • C’est vrai que j’avais pas été aussi loin dans la réflexion par rapport au sens et à l’oeuvre. En réfléchissant, je pense que tu as complètement raison en parlant de projection du moi et que ce n’est bien sûr pas là-dessus que doit se porter le contenu journalistique.
      Et heureusement, en fait.

      Et par rapport au nivellement par le bas, je l’ai peut-être mal exprimé, mais je suis complètement d’accord avec ton point de vue. Je plaçais le mien dans un contexte plus général, dans le sens où aujourd’hui, on ne peut plus échapper aux accusations de snobisme si on lache un scud sur certains artistes un peu mainstream, sur lesqsuels le public se caresse pendant Jospéhine Ange Gardien le samedi soir.

      Après, tu me diras, on s’en tape.
      Merci pour ton commentaire 🙂

  3. La vraie question n’est peut-être pas comment faut-il concevoir le métier de journaliste-musical, mais le métier de journaliste-musical est-il encore un métier, et si oui pour combien de temps ?

    En tout cas, à titre personnel, je ne pourrai pas en faire mon métier sans éroder l’envie et la passion. Et quant l’envie et la passion foutent le camp, l’honnêteté et la sincérité n’ont plus beaucoup de remparts.

    Je sais que tu viens déjà de voir tes grands-parents et que tu n’as pas envie de réentendre ça, mais y a-t-il vraiment un avenir aujourd’hui (et d’un point de vue professionnel et d’un point de vue épanouissement personnel) au journalisme musical ? Je pose la question hein ; c’est mon côté pessimiste.

    Ensuite un rapide point sur la sensibilité artistique. Je ne me retrouve pas dans l’emploi de ce terme, ça me fait toujours penser au « chacun ses gouts » ou encore à « les goûts et les couleurs ». Peut-être que la majorité du temps, nous avons du mal à refréner notre subjectivité, mais cela n’empêche que l’exercice critique (je parle de critique, pas de chronique ou d’avis) doit aller au delà de cette barrière. C’est théoriquement ce qui différencie le critique musical de la personne qui laisse un commentaire sur le site de la Fnac. Après loin de moi l’idée de dire que c’est aisé (je n’y arrive que rarement), mais ça peut être un bon objectif.

    Après il n’y a pas de règles non plus, l’important peut juste être d’écrire avec ses tripes mais bon je pense que tu vois où je voulais en venir.

    (Par ailleurs ta critique sur le Peppermoon est vraiment top^^)

    • C’est le constat que je me suis fait après avoir écrit ce papier hier soir. J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’avenir là-dedans, c’est d’ailleurs pour ça que je commence à me tourner vers d’autres choses, même si j’abandonne pas l’idée, loin de là.

      À propos de la sensibilité artistique, c’est ce que j’ai essayé d’écrire dans ma réponse à Ulrich, on ne peut plus aujourd’hui échapper à ce put*** de lieu commun, c’est épuisant. Après réflexion, je m’aperçois que je plaçais cette réflexion peut-être plutôt dans le cadre de certains blogs musicaux, pas tellement par rapport au journalisme. Néanmoins, toujours est-il que cet alibi est toujours de mise… même si effectivement (et heureusement), certains de nous réfléchissent plus loin que ça.
      Merci Benjamin !

      (Et en même temps, le Peppermoon est vraiment top, c’est pour ça :))

  4. bien loin de moi le monde et l’univers du journaliste musical, par contre je plussoie Ulrich sur « On ne jouit plus d’une musique à cause de ce qu’elle est intrinsèquement mais parce qu’on y projette notre moi » et sur le nécessaire détachement qu’on attends du journaliste musical. c’est paradoxal à la fois puisque je reste intimement persuadé qu’on écrit aussi avec nos tripes et que si on est pas touché on est moins persuasif…

  5. Moua, je veux pas être journaliste musical
    C’est cacaaaa

    (C’était un commentaire gracieusement offert par la maison Catnatt. La maison Catnatt ? La poésie à portée de clics !! )

  6. En fait ce qui est bien dans le « métier » de chroniqueur musical et in extenso culturel (si tant est que cela soit encore un vrai métier, j’en doute) c’est qu’il est le seul où l’on ne prend pas la tête au rédacteur avec une supposée objectivité.
    Evidemment que ce que nous écrivons est subjectif. Evidemment que nous écrivons avec notre vécu, notre écoute, notre culture et notre mauvaise foi. Allons plus loin : Heureusement ! Et les lecteurs seraient marris du contraire !
    Je ne suis pas d’accord avec toi en revanche sur la « qualité » de cet article de Ownimusic. C’est d’ailleurs peut être le seul qui est entièrement grotesque. Si certains d’entre nous sont « journalistes musicaux » (moi je suis travailleur social, et j’ai compris depuis longtemps, surtout dans ma musique de niche que c’était mieux comme ça, parce que s’il y a crise du disque, y’a pas de raison qu’il n’y ai pas crise de celui qui cause du disque !), ce n’est pas pour rentré dans des cases caricaturales. Pour ma part, je ne me reconnais dans aucune, et surtout pas celle ayant soi-disant à voir avec cet âne de Manoeuvre.
    Bon courage pour la suite en tous cas ; comme le dit le sage Lao Rafarin  » la route est droite, mais la pente est forte

    • J’aime bie cet article d’Owni parce qu’il pose des questions pas connes et qu’il est synthétique. Je vois pas en quoi c’est grotesque de catégoriser un peu ces profils puisqu’en réfléchissant un brin, on trouve effectivement ce genre de profils chez les « journalistes musicaux ». Ça a le mérite de faire réfléchir.
      Et si je parlais de moi en me référant à la dernière catégorie, c’est par rapport à la mauvaise foi 🙂 parce que bon, Manoeuvre m’indiffère solidement dans son genre.
      Merci de ton commentaire !

      • Je trouve ça un peu ridicule car l’auteur -qui n’en est pas à son coup d’essai malheureusement- oublie de manière cocasse une catégorie à son bestiaire de chroniqueur musical : l’entomologiste, celui qui veut à tout prix faire rentrer les gens -et les musiciens en particulier- dans des petites cases, dans des genres et des sous-genres toujours plus nébuleux, avec des frontières bien imperméables et toutes les excommunions possible (la preuve en est avec sa volonté de « classer » les chroniqueurs). C’est dommage de l’avoir oublier car il en fait partie, et c’est la plus répandue dans le métier 🙂
        Quant à la mauvaise foi et le parti-pris elle n’est pas seulement nécessaire, elle est solidement indispensable. Une chronique musicale sans ces deux précieux arguments serait aussi palpitante qu’un yaourt à l’eau ou qu’une page de « Serge ».
        😀

  7. En tant que lecteur, j’aime avoir un avis mais je ne m’y conforme jamais. Journaliste musical oui, mais sans critique ça ne sert à rien.
    Et tout à fait d’accord avec franpi sur l’entomologiste. C’est volonté de catégorisation est parfois ridicule.
    J’ajouterai aussi une autre catégorie de journalistes qui ne s’intéressent qu’à leurs potes musiciens en délaissant tout le reste

  8. je pense qu’un bon journaliste musical doit d’abord être un passionné de l’art musical. en ce qui concerne le parti pris et la bonne foi, tout dépend de son professionnalisme et quel est son penchant musical…

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