Les yeux dans les yeux. (ou quand l’Islande nous montre peut-être le chemin).

Je vous ai déjà parlé de l’Islande et de l’affection que je porte aux artistes du Nord en général. Ce soir, je vais aller plus loin. Je vais vous parler d’un documentaire anglo-islandais sorti le 3 septembre dernier.

L’Islande est une petite île qui fait à peine un sixième de la France, sur laquelle vivent à peu près 300 000 personnes. On connaît tous l’Islande pour ses volcans, ses geysers, son développement à fleur de terre. On connaît tous l’Islande pour sa richesse géologique et sa biodiversité. Dans l’esprit de tout le monde, c’est une ancienne contrée viking peuplée de gens aux moeurs linguistiques et alimentaires douteuses…

Dans le mien, c’est un pays qui doit ressembler à l’Origine. À ce qu’il y avait bien avant que l’on arrive. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour ces gens qui se sont engagés à protéger cette terre, j’ai d’autant plus de respect pour eux parce que je sais qu’ils ne craignent pas de se mettre le monde à dos si il faut réfléchir, expérimenter, et proposer des solutions.

Parce que c’est tout l’objet de ce documentaire, qui s’appelle Future of Hope (réalisé par l’anglais Henry Bateman).

Biggi Hilmarsson – Lost Control.

Il semblerait en effet que l’Islande n’ait pas échappé à notre crise occidentale. Les inégalités de développement, la valeur de l’argent, le principe de l’échange équitable, le développement durable et la préservation de l’environnement sont autant d’enjeux auxquels elle doit faire face et pour lesquels elle essaie de proposer des solutions. Henry Bateman a suivi des islandais qui se battent chacun à leur manière pour faire progresser les débats, notamment ceux qui traitent de la durabilité de notre mode de vie et de la nécessité de permettre aux générations futures d’hériter d’un monde qui leur offre autant de possibilités qu’à nous à notre époque. Leurs constats sont les mêmes. Nous avons vécu et nous vivons encore au dessus de nos moyens. Il est temps de se poser, et de réfléchir à ce que nous pouvons faire à notre échelle, pour changer les esprits. À l’image d’un micro-monde, ces islandais constatent qu’ils ont oublié leur passé, ce qui rend d’autant plus difficile la gestion du présent et l’appréhension du futur.

Le développement durable n’est pas un avatar politique, ce n’est pas une nébuleuse omnipotente. C’est quelque chose que l’on ne considère pas parce que les politiques en ont fait quelque chose de dangereux, réservés aux illuminés – il faut néanmoins reconnaître que ses premiers défenseurs n’ont jamais employé les bonnes méthodes pour être entendus, ni amené le monde à la réflexion d’une manière calme et raisonnable. Le développement durable, si on l’analyse en tant que concept, représente à mon sens une forme de retour à l’humanisme. C’est une belle preuve de respect et de considération que de léguer aux suivants un monde équilibré, dans lequel on pourrait penser au futur sereinement.

C’est peut-être ça aussi, la vocation de ces problématiques. Forcer les gens à se regarder dans les yeux.

C’est aussi l’occasion pour moi de vous parler de l’artiste incroyable qui a signé la bande originale de ce documentaire. Vous l’avez peut-être entendu dans Maison Close sur Canal + à la rentrée. Il s’appelle Biggi Hilmarsson, il est donc islandais, mais c’est surtout une espèce de génie de la musique qui combine à la fois toutes les sensations telluriques du post-rock et la sensibilité naïve des vrais artistes folk. Vous pouvez écouter la BO en cliquant ici, les morceaux sont entrecoupés de morceaux choisis issus des interviews du documentaire.

Pour acquérir le DVD ou prendre plus d’infos : http://www.futureofhope.co.uk/

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10 réponses à “Les yeux dans les yeux. (ou quand l’Islande nous montre peut-être le chemin).

  1. Très beau texte.
    Mais je suis un peu plus dubitatif que toi vis à vis du modèle islandais. Bien qu’elle ne soit pas la seule, l’Islande s’est particulièrement illustrée ces dernières années par des choix de économiques à haut risque, qui l’ont placé dans une situation catastrophique.
    Ne s’étonnant pas d’être devenue, sans raison structurelle, l’une des économies les plus prospères du monde, elle s’est nourrie d’effet de levier financier et de stratégies spéculatives. Quelques illustrations qui me viennent à l’esprit, et qui vont à l’encontre de l’image que je me faisais de l’islande avant:
    – attitude de consommation totalement déconnectée des fondamentaux islandais. Il fallait voir les queues de 4*4 dansl es rues de reykjavik en 2007, achetés à crédits, eux même assis sur la spéculation immobilière
    – comportement hallucinant des deux princiaples banques du pays, privées à l’époque (et même familiales), qui parcourraient l’europe en proposant toujours plus, toujours moins cher, à n’importe qui. J’ai le souvenir d’un rdv ubuesque avec des gens de la Landsbanki qui nous expliquaient qu’ils ambitionnaient de faire chuter Londres, et qui nous suggéraient des montages tellement risqués qu’ils préfiguraient déjà la chute.
    – attitude vis à vis des créanciers du pays, notamment l’angleterre, très limite pour un pays scandinave: les viking furent en la matière, presque latins.
    – accroissement des capacités hydro-électriques afin d’attirer encore d’avantage les producteurs d’alluminium: impact écologique jugé important par les ong, un développement durable à géométrie variable …

    Mais il faut aussi reconnaitre queles islandais, particulièrement touchés par la crise financière, semblent avoir compris qu’il fallait revoir le modèle: réaction citoyenne, débats publics, modifications des instittutions financières. A suivre donc.

    • En fait, c’est ce à quoi les gens réagissent dans le documentaire. Ils ont une réflexion quand à la redéfinition de la notion de valeur, justement à cause de ce qu’ont fait leurs banques. Le parti pris de ces gens-là est de dire que les islandais se sont laissés dériver et ont oublié qu’ils avaient des responsabilité quand à la terre sur laquelle ils vivent. Ils gueulent aussi justement contre les gens qui ont fait doubler la consommation de pétrole en vingt ans et ceux qui exportent par avion…
      L’idée, c’est peut-être d’illustrer qu’il y a des gens qui l’ont compris, et qui agissent à leur niveau plutôt que d’aller gueuler devant les ministères en espérant que ça passe…

      • Tu as raison, prise de conscience salutaire.
        Mais je m’interroge, et ce n’est pas nouveau, sur ce qui s’est vraiment passé dans cette petite ville … Comme tu le dis, ils sont très peu nombreux, j’ai du mal à imaginer que les actes des uns n’aient pas alerté les autres … Tout le monde a vu sa richesse progresser, les rues se remplir de bagnoles importées … C’est très cruel ce qui leur est arrivé, comme si on avait provoqué une expérience douteuse et qu’on les avait placé sous le microscope .

      • Je pense en fait qu’ils sont en train d’avoir le déclic que n’a pas eu l’Irlande il y a 5 ans, parce que c’est vraiment le même scénario qui s’est déroulé en fait.

      • Oui, mais c’est encore amplifié par l’aspect microscopique de la société: c’est aussi pour cela qu’ils se sont tout de suite écroulé. Et teriblement: inflation à deux chiffres, revenu par habitant en baisse comme nulle part en europe …
        Pour moi l’Irlande est un peu différente: on retrouve certe le délire financier (il y’a des rues de dublin qui coutaient plus chez que la 5eme, hein …), mais il y’a eu avant le dumping social/fiscal et l’implantation de sociétés comme DELL, qui ont formé un socle réel sur lequel s’est greffée une bulle qui vient d’exploser.
        Deuxieme difference: l’échelle. Le crash irlandais à mis le bordel en angleterre mais n’a pas provoqué de seisme, car en valeur absolu ce n’etait un gros probleme pour personne. Avec l’Irlande, on entre dans le serieux! 85 md d’euros, ça commence à chiffrer (1/2 année de PIB, du jamais vu, avec une utilité très faible! ). Pour rappel, le fond dédié en Europe fait 400md et la moitié a été tiré … On est en train de monter en gamme: next step le Portugal, et là on ne joue plus dans la meme catégorie. Notamment parce que leur dette est massivement portée par les banques Espagnoles, l’effet domino est probable. Pour la péninsule, la facture estimée à ce jour pourrait atteindre, 600-700 md d’euros : explosion du plafond.

        On va passer un bel hivers ….

      • Très intéressant cet échange. Ce qui me subjugue dans cette période, c’est comment la sphère financière a réussi à dégager ses responsabilités dans la crise, qu’elle échappe à toute vraie contrainte ou/et sanctions et que seul reste en accusé l’Etat-providence et avec lui nous, enfants gâtés pourris de l’occident.

        On refuse les sacrifices, on rechigne devant les reculs sociaux ou l’affaiblissement de la protestion sociale ? et bien, nous sommes de beaux égoïstes et de sacrés ignares en économie. Nous ne pensons pas aux futures générations qui naissent avec une dette colossale. Nous sommes cramponnés à nos avantages et privilèges.

        On s’étonne devant le scandale Bettencourt ou la suppression de l’ISF ? Mais nous sommes incurables, jaloux, démagogiques., populistes. Le monde entier se gausse de nos manifestations.

        En Islande, il me semble que non seulement, le peuple n’a pas oublié qu’il doit sa situation aux banquiers, mais il a exigé et obtenu que les responsables de ce désastre soient poursuivis. Peut-être une préfiguration de ce qui arrivera bientôt en Europe, lorsque les politiques de rigueur entreront en aplication partout, pas sous la menace d’une vraie banqueroute ou de lma commission européenne, mais sous les foruches caudines des agences de notation et des fonds d’investissement, ceux-là même qui sont responsables de la crise de 2008.

        Ps> bon anniversaire Henri.

  2. Pingback: Les tweets qui mentionnent Les yeux dans les yeux. (ou quand l’Islande nous montre peut-être le chemin). « - Route de nuit - -- Topsy.com·

  3. Henri parle enfin de développement durable et d’environnement! Merci ;D
    Il y a eu quelques très bons écrits théoriques dès 1980 concernant le développement durable (non, la notion n’est pas née ces dernières années), notamment de la très officielle International Union for Conservation of Nature. Le problème n’est pas le manque de légitimité des défenseurs du concept, mais bien plutôt les classiques barrières politico-économiques, et mentales!
    Je n’ai pas vu ce documentaire (ni entendu parlé… l’Espagne et les problématiques environnementales… pff) merci pour l’info!!

    Enfin, je suis d’accord avec toi Henri pour dire qu’il y a quelque chose d’unique à la prise de conscience islandaise. Même si la situation économique est la même (l’est-elle à 100%?), la nation Islandaise est bien différente de l’Irlande, et les conséquences ne peuvent être les même quoi qu’il arrive. D’autant que l’Islande est vraiment un pays très très singulier. Le consumérisme semble plus y être une parenthèse, qu’un véritable phénomène de société pronfondément ancré (d’après ma connaissance, qui reste assez limitée quand même, de l’Islande et de son Histoire).

    Très bon article en tout cas!

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