Le vieux spleen de Paris.

« Voiture 17. Tout au bout du quai. Bon voyage. »

À chaque fois c’est la même chose. Six heures aller, six heures retour. C’est dire si j’aime ceux que je suis venu voir. Je crois que je voudrais avoir les tripes de rater ce train volontairement. Mais à chaque fois, je monte.

Je crois aussi que personne ne sait que j’aime cette gare, alors autant que je la déteste. « Tu vas revenir, t’inquiète pas. » Garder ces cinq mots, qui sonnent comme la certitude toujours plus rassurante d’être attendu, et voir les premiers immeubles défiler. C’est déjà plus Paris. Faire la liste de tous les projets qu’on s’est promis de réaliser, pour surtout ne rien oublier. Repartir de zéro. Faire de l’ordre. Histoire de tenir le coup jusqu’au prochain train. Je sais qu’on ne s’y fait jamais, même si l’on sait qu’on va revenir rapidement. La seule chose à laquelle on ne s’habitue pas, c’est le moment pendant lequel on fait ses valises et que l’on se dit qu’on ferait bien sa vie à cet endroit. Ça marche approximativement pour toutes les destinations. La distance importe peu.

Je déteste cette sensation de stand-by. Je déteste cette impression d’être coincé ici, que c’est pas moi qui tire les cartes. Ces jours-ci, je crois que j’aimerais bien pouvoir lancer les pierres un peu plus loin que l’autre côté du chemin. C’est fou cette capacité qu’on a à ne surtout jamais se satisfaire du moment présent, d’en vouloir toujours plus. C’est compliqué de devoir gérer la frustration. Pourtant, il paraît que c’est nécessaire, que c’est comme ça qu’on apprend. Moi je crois que j’en ai marre d’apprendre. Du moins d’étudier. Je crois que j’en ai marre de cirer les bancs des amphis, en écoutant des gens qui prétendent en permanence en savoir plus que moi sur un milliard de choses. Je crois que j’ai envie d’être orgueilleux. J’ai suffisamment suivi le troupeau, j’ai le droit maintenant.

On passe nos vies à se fixer des objectifs, pour avancer, pour se dépasser, pour élargir l’éventail des possibles. On passe nos vies à essayer d’en faire des choses que les autres pourraient nous envier, sans forcément y arriver. Toujours est-il que l’on marche à la frustration, à l’échec, à l’envie, aussi. Je crois que ça m’épuise la frustration, en ce moment. Mais bon. Il faut bien un moteur, un truc qui donne envie de balancer des cailloux par dessus la clôture.

Ce texte part dans tous les sens, mais c’est pas bien grave. J’ai pas le spleen.

J’ai des projets pour demain.

Et pour l’instant, je crois que c’est le principal.

 

 

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9 réponses à “Le vieux spleen de Paris.

  1. (oups… en fait je viens de voir que tu disais justement que t’avais pas le spleen… heu bah tant pis… http://hypermedia.univ-paris8.fr/bibliotheque/Baudelaire/Tableaux.html#paysage)

    sinon personnellement, je vis le voyage en train comme un moment privilégié pour vivre une transition spatio-temporelle.
    ça me donne le temps de digérer, de penser à ceux que je quitte et ceux que je retrouve, de sentir tout ça en moi.

    (je suis rentrée en train de nuit dimanche dernier de Paris…12 heures…)

    Si tu lis pas Baudelaire, tu peux toujours lire « La Maldonne des sleepings » de Tonino Benacquista.

    Bref, lis des romans, ça pourra peut-être te donner des idées pour tes projets.

      • si t’es ferrophile tu vas kiffer.
        et pis si tu crains pas l’overdose, je te conseille même l’édition de poche : Quatre romans noirs : La maldonne des sleepings ; Les morsures de l’aube ; Trois carrés rouges sur fond noir ; La commedia des ratés.

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