Arms & Sleepers – Nostalgia for the Absolute (mars 2011 – Expect Candy)

Il est des disques qui sont faits pour être écoutés à trois heures du matin, dans une chambre d’hôtel, à l’autre bout du monde. Ce troisième disque des américains d’Arms and Sleepers est de ceux-là, sans aucun doute. Morceaux choisis…

Crash dégage une forme de sérénité oppressante. Oppressante parce quand sans le savoir, le piège vient déjà de se refermer. On entend Arvo Pärt, et pourtant ce n’est pas lui. La nuit tombe, mes yeux s’habituent doucement à cette pénombre accueillante, pleine de promesses, dans laquelle se dessinent déjà de légers contrastes. Ma chambre n’est plus si familière. C’est un autre endroit que le piano m’invite à découvrir.

Lisbon. Les premières percussions de l’album et le synthé amorcent un double-discours subtil alors qu’émergent les premières angoisses. Il n’y a personne dehors, la fenêtre mal fermée grince de façon régulière. La nuit est vide. Comme ma tête. La vie est courte. A-t-on seulement le temps de dormir ?

Lovers Arctic. Satie. Même aptitude à fixer ce qui passe dans l’instant. Corde raide. Cette flûte chinoise qui ne l’est pas joue un jeu d’équilibriste. On dirait une voix, un râle tout en vibrato. Premier fantôme.

Clayton. La fenêtre grince toujours. Il faudrait la fermer mais ce ne serait plus la même chose. Il ne fait plus vraiment nuit. Je vois en nuances de gris. Je ne sais pas où cette harpe m’emmène. Je pense à Sufjan Stevens, à l’intro de John Wayne Gacy Jr. Il se dégage la même sécurité, la même confiance. Il n’y a pas de silences entre les notes pour éviter les ravages d’un vide qui serait bien trop anxiogène à ce moment-là de la nuit.

Nova. Une grande forêt de chênes, pleine lune. Une course poursuite à la fois épique et minimaliste qui s’arrête brusquement. Je ne sais pas ce qui est arrivé à celui ou celle qui essayait de fuir. Est-ce une chute malheureuse qui aura eu raison d’un petit chaperon rouge plus si jeune, dévoré par un loup cruel et affamé ?

Quiet Camera. Faut-il nécessairement regretter quelque chose pour être nostalgique ? Je me pose cette question régulièrement. La nostalgie est un angle de vue, un moyen de percevoir le monde. Pour moi, c’est quelque chose d’incroyablement optimiste. Une forme d’humilité, un moment pendant lequel on touche au vrai des choses. Un repère pour demain. Quelque chose à dépasser.

Il est des disques qui sont faits pour être écoutés à trois heures du matin, dans une chambre d’hôtel, à l’autre bout du monde.

Ce troisième disque du duo nord-américain Arms & Sleepers confirme indéniablement le succès qu’ils avaient rencontré à la sortie de Matador (2010), leur précédent album. Ils contribuent pour mon plus grand plaisir à réhabiliter l’ambient comme un genre musical à part entière auquel on n’accorde généralement que trop peu de visibilité. Même si cet opus est – comme son nom l’indique – assez sombre, il garde une dimension joliment optimiste en s’achevant sur Night, un morceau en forme de promesse pour les nuits futures.

L’album est en écoute sur Spotify et Deezer.

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6 réponses à “Arms & Sleepers – Nostalgia for the Absolute (mars 2011 – Expect Candy)

      • Moi j’aurais dit « Bliss Was In That Dawn To Be Alive », « Black Paris 86 », « Matador » et celui-ci. Enfin c’est pas si important.
        Perso je suis un peu plus mitigé sur celui là. Ils maîtrisent toujours le feeling, mais donnent cette fois un peu trop dans le minimalisme à mon goût. Un peu comme certains EP de Sigur Ros (« Ba Ba Ti Ki DI Do », « Hvarf / Heim », pour ne citer qu’eux) dans lesquels on reconnait la patte du groupe mais où il manque quand même un truc, sûrement plus d’engagement et de constance dans les mélodies. La durée des titres est assez frustrante, dans le sens où on coupe au moment où sur « Matador » par exemple, on aurait atteint le climax.
        Légère déception pour moi donc, même si c’est toujours agréable. Je resterais québlo sur BWITDTBA perso…

      • T’as peut-être raison ouai ! Je suis complètement d’accord avec toi sur la durée des titres über-frustrante… c’est là où ça pêche par rapport à the American Dollar par exemple qui t’envoient le bois en 45″ (ou même sur Matador).
        Je sais pas, moi cet album m’a vraiment plu parce qu’il est justement vraiment différent des autres (énorme kiff sur Lovers Arctic et Quiet Camera…)

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