Bon Iver en été… (juin 2011 – Jagjaguwar)

Justin Vernon et ses acolytes reviennent trois ans après le succès international de leur premier album For Emma, Forever Ago (2008). 2008, première année que l’on entendait le falsetto inimitable de l’américain, ce falsetto qui, posé sur des guitares sèches, allait devenir leur signature. À l’époque des premiers frissons sur Skinny Love, Flume (qui sera plus tard repris magnifiquement par Peter Gabriel…) et Blindsided, il n’y a plus vraiment de doutes, ces gens-là marqueront leur époque. Tout le monde les écoute, leurs morceaux sont repris dans beaucoup de séries américaines (Grey’s Anatomy notamment) à cause de l’intensité dramatique des mélodies et le discours émotionnel des textes. C’est d’ailleurs ce que l’on peut leur reprocher à l’époque. Si leurs chansons sont captivantes, elles n’échappent pas franchement à l’écueil larmoyant dans lequel tombent aujourd’hui beaucoup de musiciens folk.

Néanmoins, il y a quelque chose de plus profond chez Bon Iver, quelque chose de plus spontané, de plus moderne. Après le premier album, Justin Vernon a collaboré avec Kanye West sur le chef d’oeuvre monumentalo-bordélique qu’est My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Et en soit, ce n’est pas étonnant. Si il y a bien un point commun que partagent les deux artistes, c’est cette culture du son et cette capacité à être terriblement inscrits dans leur époque, même si ils s’illustrent dans des genres complètement différents. Si c’est quelque chose que l’on ne peut pas reconnaître à Kanye West mais que l’on retrouve vraiment chez Justin Vernon, c’est l’humilité et cette capacité à faire de la musique avec rien. Bref, quand ils ont annoncé un deuxième album pour juin dernier, l’impatience s’est mêlée à l’interrogation. Vers quels terrains allaient-ils migrer… ?

Juin 2011, l’album fuite sur iTunes un peu avant la date officielle de publication, coup de pub’ ou pas, peu importe. Bon Iver, Bon Iver (c’est le nom de l’album) s’ouvre sur Perth, ses tambours de fanfares et cette guitare électrique qui ne nous quittera pas de l’album. Le premier virage est pris à partir du deuxième titre Minnesota, WI, qui surprend par sa base rythmique et sa mise en scène sonore. On penserait presque à Kanye West justement. Plus de falsetto, une voix bien pleine et un saxophone… qui rejoint la guitare électrique au rang des innovations de ce deuxième album. L’album surprend par sa richesse instrumentale et ses expérimentations. On est bien loin de la folk épurée de son prédécesseur. Chaque segment est retravaillé, on envisage de très légers accents électro qui apportent un contraste aux mélodies. On parlerait presque d’orchestre.

De trois, ils sont maintenant neuf sur scène… leur travail semble donc bien plus exigeant en terme de volume sonore, de textures et de couleurs. Leurs références, si elles n’ont pas changé, ont clairement évolué. Bien moins larmoyant que For Emma, Forever Ago, cet album de Bon Iver rappelle le travail de Sufjan Stevens, qui à la manière d’un explorateur, rend des hommages musicaux aux endroits qu’il visite et aux gens qu’il rencontre.

C’est un disque frais, léger et riches des multiples identités de Justin Vernon. Il se décline sur une dizaine de pistes que l’on prend plaisir à écumer. Mention spéciale pour Minnesota, WI, et son lancinant « Never gonna break, never gonna break, never gonna break », pour la tempête magnifique sur le lac de Calgary, et pour l’euphorisante violence de Perth.

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