« La Guerre est déclarée » – Valérie Donzelli, août 2011

– (ATTENTION SPOILER)

Elle s’appelle Juliette, il s’appelle Roméo. Elle est un peu bourgeoise, il est un peu bohème. Ils sont apparemment fait pour s’aimer. Rapidement, un troisième petit être s’invite dans leur histoire : leur fils, Adam. Les premières semaines passent, et il n’arrête pas de pleurer. Plus tard, il ne marche pas, non plus. Il vomit beaucoup, le médecin finit par remarquer que son visage est légèrement enflé au côté droit. Première angoisse. Premiers examens, et le verdict tombe. Adam, du haut de ses dix-huit mois a une tumeur au cerveau, qui s’avère au fil du film être maligne. C’est un cancer. Commence alors le combat.

La Guerre est déclarée, c’est le dernier film autobiographique de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm. L’histoire de leur combat, de leur « guerre » contre le cancer de leur fils, surmonté quelques temps auparavant. Le sujet est grave, mais Valérie Donzelli voulait le traiter « de manière légère ». De ce point de vue-là, elle a probablement réussi. À chercher la légèreté, on finit peut-être par s’égarer un peu trop haut.

La théâtralité maladroite du dialogue. Les échanges, et c’est peut-être un parti pris, sont très propres, minutieux, calculés… parfois délivrés de manière très artificielle. De même pour le jeu d’acteurs. Nous sommes certes face à l’histoire vraie de ce couple insouciant, un peu perdu dans ce tourbillon qu’est la maladie… Mais le jeu de certains acteurs manque cruellement de subtilité, tant on est constamment rattrapé par la brutalité un brin manichéenne des émotions. Oscillant entre moments de naïveté, de candeur rapidement horripilants, et de véritables réussites, on ne sait vraiment sur quel pied danser. Certes le scénario ne se prête pas franchement à la mesure, ni à la pondération, mais il aurait mérité un peu plus d’aspérités. Il aurait mérité de se livrer moins facilement, d’aller au bout des pistes qu’il ouvrait.

La Guerre est déclarée parle du couple sans jamais vraiment s’y attaquer. On sait déjà qu’Adam va survivre puisque le film s’ouvre sur lui, à l’âge de huit ans, au moment de la dernière IRM de contrôle. Quelque part, on pouvait donc attendre que le film s’aventure sur un autre terrain. On sent que la réalisatrice a voulu excentrer son point de vue, et s’éloigner de l’histoire de l’enfant afin de révéler celle de ses parents. Pourtant, plutôt que de nous montrer le véritable combat, le déclin ou la chute, finalement l’autre visage de ce couple, on assiste à une ellipse de plans séquences de quelques secondes, accompagnée d’une voix OFF qui piétine allègrement ce que certains ont attendu pendant tout le film : le parcours de Roméo et Juliette que l’on voie s’aimer pendant la majeure partie du film, et qui finissent par se déchirer dans notre dos. Quelque part déçus d’être mis devant le fait accompli.

Ce n’est pas une question de voyeurisme. C’est une question de profondeur. Le film, si il comporte quelques épisodes prodigieux, manque malgré tout véritablement de relief. Est-ce parce que nous sommes aujourd’hui habitués à voir l’hôpital et la maladie filmés sans grand tabou ? C’est probable. En revanche, on ne peut lui reprocher de nous forcer à nous interroger sur ce que nous serions, face à ce cataclysme. Ferions-nous face ? Nous écroulerions-nous ? Nous rabatterions-nous sur notre naïveté, et cet optimisme qui s’impose pour occulter la douleur ? C’est peut-être d’ailleurs l’histoire de ce film, le traitement de la douleur. Auquel cas, bon nombre des choix de réalisation et de scénario peuvent se justifier. L’impression d’être passé à côté.

L’histoire est poignante, ces deux individus nous touchent, mais il manque un quelque chose qui laisse un goût désagréable d’inabouti. À noter néanmoins, une superbe photographie et une bande originale riche et particulièrement efficace.

Un film intriguant que l’on doit pouvoir lire de beaucoup de manières différentes.

« La Guerre est déclarée » de Valérie Donzelli, avec Jérémie Elkaïm, Brigitte Sy, Michèle Moretti et Philippe Laudenbach… sorti fin août 2011.

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5 réponses à “« La Guerre est déclarée » – Valérie Donzelli, août 2011

  1. Finalement ton bilan n’est pas si cruel… Je trouve les dialogues ponctuellement maladroits (« Tu me fais du bien Juliette. » Euh ?) et j’aurais également aimé comprendre comment Roméo et Juliette se sont déchirés. La légèreté n’est pas toujours crédible. Mais je crois en fait que ces défauts sont minimes. Il y avait mille écueils à éviter : le pathos, l’impudeur, le voyeurisme… et ils ont été évités. Pour un sujet pareil je crois que globalement le film a tenu ses promesses, malgré quelques défauts.

    • C’est évident, comment ils se sont déchirés ! Comment survivre à cette tension absolue ? Comment vivre un couple quand tu dédies chaque instant à cet enfant qui peut partir à tout instant ?
      C’est bien de montrer ça qui aurait été voyeur et impudique !

      • Ben je trouve pas que ç’aurait été voyeur, ni impudique. Je pense juste qu’elle aurait pu nous montré ce qui s’est vraiment passé… Pour moi, d’après les gens que j’ai autour de moi, de ce que j’ai vu dans ma famille, la séparation n’est pas une évidence… il y a plusieurs options. L’ellipse, je l’ai trouvée trop facile… En terme de pudeur, il faut savoir de quoi on parle, du couple ou de la maladie de l’enfant ? J’ai eu l’impression qu’elle a essayé de faire les deux en même temps, et que rien n’a été vraiment exploité dans le film… je sais pas.

        Comme je le dis à la fin du papier, je pense qu’il y a beaucoup de façons de voir ce film, beaucoup de points de vue, et d’histoires personnelles qui rentrent en jeux… on le reçoit tous différemment, particulièrement celui-là.

  2. Kikoo, je suis pas du tout d’accord, je trouve les ellipses absolument au bon endroit, les comédiens d’une justesse absolue, et tout le contraire de tout ce que tu dis sauf pour la bande son. Et j’ai pleuré comme en cumulant Kramer vs Kramer, Two Lovers, Bambi et La chambre des officiers.

  3. Merci, j’ai enfin trouvé une critique qui résume mon avis. J’avais publié ma critique sur mon blog (lien dans le nom), mais tout le monde avec qui j’en avais discuté s’opposait royalement à mon avis. Je me suis vu qualifié d’insensible/snob/tâtillons selon les avis ! Mais c’est bien cette même théâtralité et ce même manque de focus sur ce qui aurait pu être vraiment intéressant dans l’histoire qui m’a empêché d’accéder pleinement au film… Avec le recul, je pense que Donzelli a fait ce film beaucoup trop tôt, il a des airs bâclés, comme si c’était encore si douloureux qu’elle préférait le faire rapidement, histoire que ce soit fait, bouclé. Dommage…

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