Lana del Rey ou l’esthétique du drame

De longs cheveux châtains, bouclés jusqu’aux épaules. Une bouche rosée et pulpeuse avec laquelle elle minaude et pose nonchalamment. Lana del Rey, avec son physique de pin-up des fifties, sait parfaitement l’image qu’elle renvoie. Une beauté à la fois glaciale et brûlante, presque prédatrice.

La jeune new-yorkaise de vingt-quatre ans, qui a déjà sorti un premier EP en 2008 intitulé « Kill Kill », enflamme le web depuis quelques semaines avec des clips qu’elle réalise apparemment elle-même. Superposant des images d’hier et d’aujourd’hui, des samples de films, de courtes mises en scène d’elle-même en plans serrés, l’artiste intrigue tant elle semble en savoir bien plus sur elle que nous n’en saurons jamais sur nous. L’image bouge, tremble. Comme le film d’une prise d’otage, ou d’une séquestration. Elle se regarde elle-même. Elle jauge son assurance et son engagement en une espèce de métaphore terriblement contemporaine. Lana del Rey nous raconte toute la modernité de la pornographie en ce que le film ne se déroule plus à l’écran mais dans nos yeux. Le trash ou l’exhaustivité n’ont aucune importance. De même pour l’acte. La petite poupée de porcelaine brisée qu’elle mime à la perfection instille à la fois la culpabilité et la fascination. La culpabilité d’être éventuellement responsable de sa lassitude, la fascination d’être malgré soi à la merci d’une certaine forme de vulgarité dangereuse.

Provocante, Lana del Rey s’expose dans une espèce de narcissisme définitif qui dérange parce qu’il associe à la fois une forme d’autocontemplation brutale et un vocabulaire musical d’une richesse plus qu’honnête.

On est immédiatement happé par la voix lascive et suave de cette jeune femme qui a déjà l’air si usée. Elle nous raconte lentement comment chacune de ses histoires s’est terminée, avec une forme de condescendance époustouflante. Sans flambeaux, ni feux d’artifices. À la manière de ces actrices hollywoodiennes aux pieds desquelles le monde entier s’est prosterné, Lana del Rey érige le drame en religion. « Je vis pour le drame dans toute sa splendeur. […] Si ce n’est pas épique, ça ne vaut pas le coup » racontait-elle à Gonzaï le 19 juin dernier. À noter qu’en anglais, le mot « drama » n’a pas la même signification qu’en français. Le « drama » n’évoque rien de particulièrement tragique dans la langue de Londres. Il réfère plutôt à l’intensité d’une sensation, à un déséquilibre profond. À quelque chose de solennel voire d’éprouvé. C’est effectivement ce que l’on retrouve dans la musique de Lana del Rey, cette posture de diva omnisciente, d’ores et déjà parvenue.

Elle aime les hommes, remercie ses amants qui l’ont amenée à écrire « la bande de son de ce qui pourrait être un film noir ». Elle parle de Britney Spears comme d’une star « entraînée dans sa tragédie hollywoodienne » en ajoutant que « c’est magnifique à regarder ». Elle rappelle Elvis, sa consécration, le pouvoir qu’on les hommes d’en déifier d’autres, de les élever au rangs d’icône. Lana del Rey semble faire confiance à un certain mythe, une légende qui bénit les méritants sur l’autel de la gloire, et qui en fait des intouchables.

Celle qui se décrit comme une « Gangsta Nancy Sinatra » nous réserve de belles surprises. Son prochain EP sortira en octobre chez Polydor. L’album est attendu pour mars. En attendant, profitons des quelques morceaux qu’elle nous propose.

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