Interview : Guillaume de Chassy ou le culte des silences

Le pianiste Guillaume de Chassy dévoile un nouvel opus empreint de ses influences classiques et jazz dont il joue avec épure et finesse.

Il y revisite l’univers de ses compositeurs de prédilection, de Schubert à Prokofiev, en apportant une touche d’improvisation raffinée, qui laisse le champ libre à la mélodie. 


Du jazz tout en « silences ». C’est l’expérience que le pianiste Guillaume de Chassy nous invite à vivre à l’écoute de son dernier disque, « Silences », paru ce jeudi 23 février chez Bee Jazz. Cet opus est un écrin d’élégance qui renferme douze morceaux teintés de poésie, de pureté et de délicatesse qui éveille les sens d’une façon presque sprituelle. C’est que « Silences » a été enregistré dans l’abbaye de Noirlac dans le Cher, un lieu dont, Guillaume de Chassy au piano, Arnault Cuisinier à la contrebasse et Thomas Savy à la clarinette basse, ont voulu dépeindre le caractère.  Ainsi, « Silences » jouit d’un coté intimiste et grandiose à la fois, dont Guillaume de Chassy nous décrit les contours.

La naissance d’un trio

« Le morceau « Birth Of A Trio » est inspiré d’un standard de jazz, une chanson d’amour de Broadway des années 40, intitulée « Blue Evening », que je joue depuis des années, écrite par un certain Gordon Jenkins. J’ai écrit quelques bribes mélodiques sur la structure harmonique. C’est une improvisation presque totale donc car j’ai gardé la base de la chanson en en changeant complètement la mélodie. Sur l’impro, nous nous amusons comme des gosses avec le tempo, l’harmonie, le son. Quand j’ai proposé ce mode de jeu interactif, ludique et très collectif (sans leader donc) aux deux musiciens, ils y ont tout de suite adhéré. Mais il n’y a pas trop de bavardage : pour une vraie conversation à trois, il faut que chacun en dise peu, sinon on ne s’entend plus et la musique devient confuse.

Nous avons donc joué le morceau, et tout de suite se sont installés un ton, une liberté et un respect qui m’ont plu. Sans oublier l’absence d’ego, indispensable pour faire cette musique. Je me suis dit que nous tenions quelque chose. C’était la première répétition, la première fois que nous jouions ensemble. D’où le titre du morceau : « Birth Of A Trio ». Un trio venait de naître. C’est assez rare qu’une telle alchimie se produise du premier coup entre les musiciens. C’est un peu comme des personnes qui tombent amoureuses. Il ne nous manquait plus qu’à faire fleurir tout ça. »

Le morceau « Birth Of A Trio » 

Chanter sur sa musique

« Quand j’improvise au piano, même quand je joue des choses écrites, j’essaie d’oublier que je joue d’un instrument. Je me dis que je suis en train de chanter de manière à ne pas faire bouger mes doigts de manière automatique. J’ai beaucoup de technique classique donc je peux jouer plein de notes à la minute. Et c’est justement ce que je veux éviter. Je veux donner le sentiment de jouer du piano comme je chante. C’est un processus inconscient. Pour m’aider à aller dans cette voie, je chante moi-même ce que je joue, ce que j’improvise. Pas très fort… Ca m’aide à avoir une approche mélodique.

C’est absolument essentiel selon moi. J’adore la mélodie d’où qu’elle vienne, de Russie, d’Afrique de l’Ouest, de Russie. Que ce soit un compositeur classique ou un artiste pop ou de musique folklorique, je m’en fiche. La belle mélodie, c’est comme une pépite d’or où qu’elle se trouve. Je voulais que les morceaux du disque soient courts car je considère que l’improvisation est plus intéressante en concert où nous sommes dans le processus, proches des musiciens. Je trouve que c’est moins transmissible sur l’enregistrement. »

« Du côté de chez Schubert »:

Le bruit et l’hystérie, les maux de notre époque

« Nous sommes dans une époque où tout va vite, nous sommes dans une espèce d’hystérie, de mouvement, de bruit. La musique est partout, dans les ascenseurs, les restos, les taxis. Nous l’entendons mais ne nous l’écoutons pas. Plus les choses s’accélèrent, plus j’ai envie de poser les choses dans ma musique. Les musiciens sont pour beaucoup dans une espèce de surenchère, en particulier dans le jazz. Il faut prouver qu’on sait jouer vite, fort, compliqué. Il y a un côté compétitif. Je sais jouer plein de choses mais je n’ai plus rien à prouver. Les musiciens avec lesquels je joue, non plus. Nous avons juste envie d’exprimer des choses profondes et sincères, de poser les choses sans hystérie, en étant le plus juste possible. Nous avons été invité à fabriquer cette musique dans une abbaye, un lieu propice au calme, à la méditation et au repos. Quand nous sommes arrivés dans cette église majestueuse, nous ne faisions pas les malins. Mon piano de concert avait l’air d’un jouet. Nous nous sommes mis les uns contre les autres pour faire la musique la plus épurée et la plus modeste possible. Nous étions en paix. »

Guillaume de Chassy, Arnault Cuisinier et Thomas Savy seront en concert le mercredi 7 mars à 20h et jeudi  8 mars à 22h30 au Foyer du Théâtre du Châtelet à Paris.

EN BONUS : « Du côté de chez Prokofiev »  (D’après Serge Prokofiev – Concerto pour Piano N°2 op.16)

Propos recueillis par Katia Touré

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