Interview – MAISSIAT : Un clavier pour deux visages

(Crédits : Sarah Bastin – http://www.sarahbastin.net)

On la voit de loin quand elle descend le chemin qui mène du métro Jean Jaurès au quai de Valmy. Nous avons rendez-vous au Point Éphémère, où se produisent le soir-même ses amies du groupe Mensch.
Le premier album de MAISSIAT s’appelera « Tropiques », il sortira à l’automne 2012. Après un concert remarqué à l’International début juin, entre claviers, trombone et batterie, je lui ai proposé de me parler un peu de sa musique. Rencontre.

Comment est-ce que tu es venue à la musique ? 

Très tôt, toute petite. Je n’ai pas eu de prédispositions particulières, pas de musiciens ni de mélomanes dans ma famille, ni même de gens plus ou moins intéressés par la musique. Peut-être un grand-père. Mais vraiment pas plus. Je me souviens qu’il était le seul à m’écouter quand je faisais du piano, en tout cas, c’était le seul qui ne parlait pas pendant que je jouais.

J’ai commencé par le piano. Ensuite je suis venue à la guitare en autodidacte. J’ai fait un passage dans un groupe qui s’appelait « Subway », ça a duré quatre ans. Puis en quittant le groupe, j’ai quitté la guitare et je me suis remise au clavier. C’était une manière de tourner la page, j’ai toujours composé au clavier, même mes chansons plus rock.

Tu es donc passée du collectif au solo. 

J’avais envie au départ d’élargir l’univers musical dans lequel on était avec ce groupe, et ça n’est pas passé. En musique, je ne suis pas pour le forcing, ni pour la douleur. À partir de ce moment-là, j’ai décidé de faire quelque chose de mon côté. Je suis partie parce que je ne fais pas de la musique pour être mal. J’ai continué à écrire des chansons entre ce moment-là et aujourd’hui, le projet solo est plutôt venu naturellement, oui.

On a pu te voir sur scène avec elle, mais elle a surtout réalisé ton album. Elle, c’est Katel. Comment vous-êtes vous rencontrées ?

J’ai rencontré Katel sur un concert dans le sud de la France. Elle jouait ce soir-là avec ses musiciens. J’ai été immédiatement prise par ce que j’ai vu d’elle, et ce que j’ai entendu de sa musique sur scène. Sûrement parce que ce que l’on fait est assez proche, des chansons en français. J’ai été très sensible à ça. On s’est rencontrées en suite. Et très vite, j’ai senti que c’était la personne à qui confier ces chansons-là, ce travail-là, ces réflexions-là. J’ai surtout senti que c’était une personne en qui je pouvais avoir entièrement confiance. Ça m’arrive très rarement. L’autre personne pour qui j’ai cette confiance-là, c’est Vale Poher, la chanteuse guitariste de Mensch, avec qui j’ai passé beaucoup de temps à discuter de plein de choses, d’interrogations qu’on a tous à un moment, de musique aussi. 

Je voulais travailler avec quelqu’un de franc, qui n’aurait pas peur de me blesser.

Avec Katel, je me suis rendue compte que c’était agréable de pouvoir se reposer sur quelqu’un, savoir que cette personne à du goût, un goût qui nous correspond. C’est d’autant plus agréable quand on sait sait que cette personne-là est extérieure, qu’elle a du recul et un vrai regard critique. Là-dessus, ça a fonctionné tout de suite, parce que je voulais travailler avec quelqu’un de franc qui n’aurait pas peur de me blesser.

En quoi est-ce qu’elle t’a aidé ? 

On a commencé par enregistrer toutes les voix. C’est assez particulier parce que je ne crois pas que ça se fasse beaucoup. Ça a duré un mois et demi, on y est allées doucement. Moi j’avais besoin de retrouver ma voix, de me ré-entendre, de me ré-écouter. On a ensuite sélectionné douze titres parmi ceux que j’avais déjà écrits, puis on a poursuivi par le choix des musiciens avec lesquels on allait enregistrer. À partir de là, elle a choisi deux musiciens : Marc Chouarain pour les claviers et Denis Benarrosh pour la batterie, qui sont quand même des maîtres dans leur domaine, en plus d’être des gens que j’aime beaucoup. Ça a donc fait partie de son travail : elle a choisi les bonnes personnes, le bon endroit, le bon ingé. Elle m’a permis de m’entourer.

Quand je choisis de travailler avec quelqu’un, c’est aussi pour me laisser faire.

Après, quand je choisis de travailler avec quelqu’un, c’est aussi pour me laisser faire. Pour me laisser tomber en arrière et savoir que quelqu’un sera derrière. J’ai vraiment trouvé ça avec Katel. Elle a compris très vite une chose que moi, j’ai mis des années à comprendre : je suis double-face. J’ai un côté très pop, très spontané. Et puis autre chose, que je ne sais même pas comment appeler. Elle a vraiment réussi à orchestrer ces deux tonalités, ces deux visages, en apportant une certaine cohérence. Même si ça ne veut pas dire grand chose, la cohérence.

Au-delà de cela, tu as intégré une espèce de famille, non ? Katel s’entoure en général d’artistes singuliers… On pense notamment à Tatiana Mladenovitch (Fiodor Dream Dog)… Vous avez même fini par jouer ensemble sur scène avec elle, non ? 

Je ne parlerais pas de famille. Ce n’est pas le bon terme. Mais c’est vraiment agréable d’être entrée dans cette espèce de groupe à l’intérieur duquel tout se recoupe. Je pense effectivement à Tatiana Mladénovitch, dont Katel a aussi réalisé l’album. Nos musiques n’ont absolument rien à voir et pourtant ça fonctionne. D’ailleurs, elle fera ma première partie aux Trois Baudets le 27 juin. Ça me ravit parce que je veux que l’on puisse sortir du carcan « je chante en français, donc la première partie doit être en français, et on doit faire les mêmes choses ». Pour moi, la cohérence est dans la musique, la liberté et l’honnêteté qu’on y met. Pas dans les styles ou les personnalités.

C’est vrai que tout le monde passe son temps à faire chier les artistes avec la cohérence, ça finit par ne plus avoir grand sens…

Mais oui, à un moment donné, il faut arrêter de réfléchir. On parlait de double-face tout à l’heure, moi je n’ai rien à cacher. J’ai même tout à gagner à assumer ces rugosités.

Pour revenir à ta musique, en écoutant « Jaguar », on est immédiatement saisi par le spectre de Bashung, à l’époque de « Madame Rêve ». Qui est-ce que tu aimes écouter ? 

En fait, je suis allée chercher beaucoup de musique, partout. Je n’ai pas eu d’éducation musicale, donc j’ai découvert des choses à force de curiosité, puis par la suite par des amis… Il m’a fallu rattraper beaucoup de temps perdu. Je vais avoir trente ans et j’ai passé dix ans à découvrir le plus de choses possibles. Quelque part, je crois que j’envie ces gens qui ont écouté de la musique très tôt, des gens dont les parents écoutaient The Beatles. Moi mes parents n’écoutaient rien ou pas grand chose, j’en ai gardé une certaine frustration, même si elle est en train de passer avec l’âge.

Je peux aussi bien être touchée par Véronique Sanson que par Jim Morrison…

Au niveau de mes influences, je peux aussi bien être touchée par Véronique Sanson que par Jim Morrison. Rien n’est étranger, tout se recoupe. Je suis très ouverte musicalement. Ce qui va me toucher, c’est aussi bien une ligne de basse de Joy Division qu’un groove au piano de Sanson. J’aime aussi beaucoup Dominique A. Pour moi, ça a été une vraie découverte. Quand j’ai entendu Remué, La Fossette ou Tout Sera Comme Avant, ça a été aussi fort que Bashung ou Gainsbourg. J’ai trouvé quelqu’un dont la plume m’a bouleversé.

Pourquoi Tropiques pour baptiser ton premier album ? 

C’est un des morceaux que j’ai écrit en premier il y a longtemps. Je l’ai d’ailleurs co-écrit avec Vale Poher, dont on a parlé précédemment. Bizarrement, je ne pensais pas qu’il irait si bien avec l’album. J’ai composé beaucoup pendant l’été 2010. Tout respire un peu la chaleur, une lumière même, je dirais. Une lumière comme au cinéma. J’ai su que c’était le bon nom parce que je n’ai même pas eu à réfléchir. Et puis j’aime le fait que ce soit un mot « ouvert », un mot qui laisse libre l’auditeur. J’ai souvent cette image quand je pense à l’album, j’aimerais qu’en écoutant ces titres on ait l’impression d’ouvrir la malle d’un voyageur exilé. Une malle chargée de plein de choses, de courts-métrages, de tableaux, d’images, de récits et d’histoires.

On est sur Route de Nuit, je vais donc te poser cette question à laquelle personne ne coupe, quelle relation entretiens-tu avec la nuit ?

Il m’arrive de vivre la nuit. La vie me rattrape la nuit. J’ai une vie intérieure plutôt développée (rires). Pour en revenir à l’album, j’ai travaillé toute une période de 19 heures à 4 heures du matin, quand la chaleur tombe. C’est assez curieux ce qui se passe la nuit. À ce moment-là, j’étais dans le sud, dans une espèce de paysage sonore étrange : rien ne dort, il y a plein de bruits étrangers, des bruits suspects voire un peu effrayants. Par exemple, j’ai écrit « Jaguar » la nuit. J’aime cette atmosphère, faussement confidentielle.


MAISSIAT sera en concert le 27 juin aux Trois Baudets, à Paris.

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2 réponses à “Interview – MAISSIAT : Un clavier pour deux visages

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